Libération

La mémoire du narcisse ou la négritude marocaine : Un pas vers l'interculturel

13/02/2018 Par Abdelouahed Hajji

«La mémoire du narcisse» est le premier roman, en langue arabe, du jeune romancier Rachid Elhachimi, qui vient de paraître aux éditions «Dar Rawafid, en Egypte.
Cette œuvre de 245 pages se décline sous forme d’une fiction engagée qui se propose dans son essence de dévoiler la question de l’identité nègre au Maroc. A travers deux histoires qui se tissent de manière parallèle, l’auteur nous transporte dans différents endroits, de Marseille à Casablanca, de Sijlmassa à Essaouira. Le mouvement régit de manière subtile la trame narrative de l’œuvre.  Ainsi, le premier récit, c’est-à-dire celui d’Alhora, professeure d’histoire, démarre par la découverte d’un manuscrit historique dans «Almatmora» (grenier souterrain). Ce qui l’a poussée à voyager à Sijlmassa pour réexaminer la véracité de ce document. Cette recherche se soldera par un échec, vu la rareté de ce type de documents.
Le second récit tourne autour de l’histoire d’El Abdi. Un jeune nègre qui, à la différence du premier personnage, cache ses origines dont il n’est pas fier. C’est avec sa belle-mère Marie qu’il a pu oublier son passé. A la différence de Marcel Proust, El Abdi cherche à nier son passé. Toutefois, la mort de sa belle-mère va le confronter au monde réel qui peut révéler sa véritable identité. Cet événement soudain provoque chez lui un imbroglio. En vérité, il s’agit d’un moment de retour à ses origines. C’est bien le stéréotype autour de l’identité noire qui a poussé ce personnage à chercher à plonger dans l’oubli. Ce récit se termine par le retour à ses sources.
Ecrit dans un style fluide, ce roman tente de mettre la lumière sur des sujets passés sous silence dans notre société. Il s’agit d’un débat autour de la question de l’identité et de la logique interculturelle. Cela prouve encore une fois que le Maroc, est pluriel. La littérature, à l’image de ce roman et de ceux de Moha Souag, vient étayer l’idée selon laquelle la région du Sud-est marocain constitue un véritable réservoir de la pensée. Soulignons qu’il n’y a là aucune tendance à folkloriser, ni à la stéréotyper. Mais une réhabilitation de tout un patrimoine culturel.
Natif de la région de Tafilalet, le jeune romancier tisse, en fait, une tapisserie multicolore, ce qui renseigne sur son désir et sa volonté d’affirmer un monde pluriel et divers. Il n’a pas non plus choisi un seul espace à ses «ego expérimentaux», au dire de Milan Kundera. C’est dire comment ses personnages expérimentent autrement le monde tout en lui donnant une autre «signifiance» loin des tendances stéréotypiques qui font de la région du Sud-est un espace du désert et du soleil. En réalité, le romancier ne cache pas l’influence d’une formation à la faculté polydisciplinaire d’Errachidia : «Littérature et interculturalité en Méditerranée». Cette formation, selon le romancier, a permis de changer un ensemble d’idées préétablies. D’où l’idée de créer un monde romanesque où la logique interculturelle, c’est-à-dire la logique de la reconnaissance mutuelle, constitue un mode d’être. Comme l’incarnent d’ailleurs ses personnages.


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