Libération
L’Union pour la Méditerranée, entre les rêves et les réalités

21/04/2009 Ahmed Hasnaoui

L’Union pour la Méditerranée, entre les rêves et les réalités
“Où en est l’Union pour la Méditerranée (UPM)? Entre les rêves et les réalités», a  été le thème d’une conférence-débat organisée, jeudi dernier à Casablanca par  le  Centre de recherches LINKS.
Cette manifestation, qui s’inscrit dans le cadre du 60ème anniversaire de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Casablanca, était l’occasion de soulever plusieurs questions sur la réalité  et les perspectives de l’UPM entre deux experts en la matière. D’un côté, Abdelhak Azzouzi, président du Forum de Fès pour l’UPM et défenseur de l’Union et de l’autre, Hassan Abouyoub, expert en commerce international et Ambassadeur itinérant du Maroc. 
«Il n’y a pas de volonté politique, à l’exception du Maroc, aucun parlement n’a évoqué la question de l’Union pour la Méditerranée» souligne, Hassan Abouyoub. Aucun projet n’est proposé par la rive sud, ce qui relève d’un problème de crédibilité». Dans le même contexte, Abouyoub a évoqué les trois défis pour les années à venir de l’UPM. Il s’agit de la menace de réchauffement du climat et le chômage de la population de la rive Sud. A cela s’ajoute, le problème de la gouvernance internationale. «N’achetons pas des choses qui n’ont pas de sens !», a exprimé l’ambassadeur. «Aucun bloc économique dans le monde ne peut donner l’exemple de réussite, à l’exception des pays de l’Union européenne qui sont  démocratiques», a-t-il ajouté. Tout en qualifiant, l’Union pour la Méditerranée de «machine à gaz», qui regroupe d’une part un monde arabe divisé, ne disposant d’aucune superstructure et un Sud incapable de s’affirmer ni  de proposer des projets. Abouyoub avance que  «les mêmes causes produisent les mêmes effets. Il y a fort à parier qu’une fois les lampions de la fête éteints, les choses reprendront leur cours normal».
Certains spécialistes ont estimé que l’UPM est un « projet vidé de toute sa substance bien avant d’avoir vu  le jour et on se retrouve au bout du compte avec un “processus de Barcelone bis”. Un processus dont il faut convenir qu’il n’a pas donné les résultats escomptés ». D’autres expliquent plutôt  que «Barcelone est paralysé parce qu’il n’a pu bénéficier ni d’un soutien populaire, ni des acteurs non-étatiques». Dans ce sens,  Abouayoud suggère que pour avoir des échanges développés entre les deux rives de la Méditerranée, il faut élargir la base de la rive Sud.   
Pour sa part, Abdelhak Azzouzi, président du Forum de Fès pour l’UPM, affirme que l’Union constitue la clé de réussite et que «sans solidarité on ne peut rien faire». Avec un capital humain jeune qui atteindra un milliard d’habitants d’ici 2014, notamment, dans la rive Sud et une avancée technologique et financière de la rive Nord, la zone de l’UPM dispose de tous les potentiels pour devenir l’une des zones économiques les plus riches du monde.  Le défenseur du projet de l’UPM précise que le processus de Barcelone « n’a pas échoué» et que le projet pour la Méditerranée constitue «un enrichissement de ce processus». L’universitaire de la Faculté de Droit de Fès. Toutefois reste confiant en la capacité institutionnelle pour la résolution des conflits entre les pays membres de UPM. Par ailleurs, en cette occasion, il  invite les Européens à adopter une politique commune à l’égard de la rive Sud notamment, la question du Moyen-Orient. Il a expliqué, en outre, que le Sud ne souffre d’aucun manque financier et que la création de l’Université de Fès à l’unanimité représente «une richesse pour la ville en particulier et le Maroc en général».  
Les intervenants ont finalement insisté sur la nécessité d’avoir plus de volonté politique en vue de développer la rive Sud et ne pas parier uniquement sur  la question de sécurité de la rive Nord et  des projets sectoriels.