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Vincent Reina : Les entreprises françaises sont parfois passées à côté des mutations des marchés marocains

17/12/2018 Entretien réalisé à Paris par Youssef Lahlali

Vincent Reina a été élu en 2016 président de la Chambre de commerce franco-arabe pour un mandat de trois ans. 
Créée en 1970, ladite Chambre est composée des Chambres de commerce de la Ligue des pays arabes et des entreprises 
françaises adhérentes. Elle a la particularité d’avoir un Conseil d’administration paritaire. Au-delà des relations 
institutionnelles, la CCFA intervient dans le domaine de l’exportation vers les pays arabes, dans la formation, 
l’information et le développement des entreprises. 
A l'occasion du 3ème Forum France-pays arabes qui s’est  déroulé au Pavillon Kléber à Paris, le 6 décembre,
Libé a interrogé le président de cette Chambre sur les relations de cet organisme avec le Maroc.


Libé: Quel est l’objectif du  3ème Forum France-Pays arabes que vous organisez à Paris?
Vincent Reina : Ce 3ème Forum France-pays arabes est l’occasion de réunir l’ensemble des acteurs qui agissent sur les marchés des pays arabes pour mieux les appréhender et échanger autour des enjeux et des opportunités de marchés pour les entreprises françaises. Nous souhaitons renforcer le partenariat entre la France et les pays arabes dans un contexte de concurrence internationale accrue pour les entreprises françaises. 
La Chambre de commerce franco-arabe souhaite ainsi jouer son rôle d’éclaireur sur les opportunités des marchés arabes pour donner les clés de compréhension aux entreprises françaises et les accompagner. 

Quelles sont les opportunités de développement et d'exportation des entreprises françaises dans le monde arabe ?
Les pays arabes sont en pleine mutation et connaissent une grande transformation. Ils ont lancé de nombreux projets d’investissements en vue de réformer leurs structures économiques et penser le modèle de demain. 
A travers leurs grands programmes d’investissements à l’horizon 2030 – 2040, les entreprises françaises pourront bénéficier d’une multitude d’opportunités d’exportations, d’implantation et de partenariat. Par exemple, l’Algérie organisera les Jeux méditerranéens en 2022. Elle aura besoin de nouvelles infrastructures. 500 millions d’euros seront investis au dessalement de l’eau de mer. En 2020, l’Exposition universelle de Dubaï accueillera des millions de visiteurs et se consacrera à la transition énergétique. Le Maroc accélère son offre internationale dans le secteur automobile. Aussi, à travers son grand projet Vision 2020, le Maroc s’est engagé à investir dans les secteurs du tourisme, de l’industrie, du commerce et des énergies renouvelables. Le grand projet d’Al-Ula en Arabie Saoudite mobilisera tous les domaines d’expertises en matière d’urbanisme, d’infrastructures, mais aussi de tourisme et de formation. La palette est considérable car tous les pays de la région offrent des possibilités. Et toutes ces opportunités appartiennent aux secteurs dans lesquels la France fait partie des leaders mondiaux sur ces marchés. 

Est-ce que les entreprises françaises sont  assez présentes dans le  monde arabe et dans ce marché de 370 millions de consommateurs?
La France est trop peu présente dans les pays arabes malgré une longue histoire commune. Malgré un marché de 370 millions de consommateurs, cette région demeure trop souvent au second plan.  
Nous faisons face à une concurrence rude qui vient de Chine, des Etats-Unis, de Russie, de Turquie et même des pays européens voisins. La présence des entreprises françaises doit être renforcée, c’est notre conviction et notre rôle, mais aussi avec un nouvel état d’esprit. Nous devons nous projeter, ensemble, France et pays arabes, dans des perspectives de codéveloppement.
 
Le Maroc est un partenaire commercial important de la France dans le monde arabe. Quelle place occupe-t-il parmi les autres partenaires ?
Le Maroc occupe une place très importante parmi nos partenaires commerciaux puisque les échanges commerciaux entre la France et le Maroc s’élèvent à plus de 9 milliards d’euros, soit une augmentation de 8% entre 2016 et 2017. Les échanges sont en augmentation. Le Maroc représente 14,1% des exportations françaises et fait partie des marchés où la France exporte le plus de biens. En plus, la présence française, en nombre d’entreprises, en importance d’investissements et de projets au Maroc est considérable !

La France a été pendant longtemps le premier partenaire commercial du Maroc. Cette place est occupée aujourd’hui par l’Espagne. Comment expliquez-vous ce changement ?
La France n’a probablement pas su anticiper l’arrivée de nos nouveaux concurrents sur les marchés arabes notamment sur le marché marocain qui s’est très largement ouvert. Les entreprises françaises sont peut-être parfois passées à côté des mutations des marchés marocains et la concurrence internationale a malheureusement rattrapé, voire dépassé, la France dans les domaines où elle était ancrée depuis de nombreuses années, en matière d’exportations. Mais à nouveau, la France est le premier investisseur étranger au Maroc ! C’est aussi le signal d’une mutation de notre façon de voir et d’approcher les relations franco-marocaines, justement dans cet esprit de développement partagé, de création de situations gagnant-gagnant. 
Nous devons donc continuer à beaucoup travailler ! Des liens forts unissent la France et le Maroc. Les entreprises françaises doivent participer au développement économique du Maroc et la France doit ainsi reprendre sa place de premier partenaire commercial du Maroc. Je suis convaincu que c’est possible si nous nous mobilisons tous pour accompagner plus étroitement les entreprises françaises sur ces marchés. 

La coopération entre les entreprises françaises et marocaines pour travailler en Afrique est bien développée. Est-il possible de continuer la même coopération dans le monde arabe ?
La coopération entre la France et le monde arabe doit continuer et être renforcée. C’est pourquoi la Chambre de commerce franco-arabe est l’institution la mieux placée pour développer les relations économiques entre la France et les pays arabes. Nos réseaux locaux, nos membres dans les pays arabes nous permettent d’être véritablement ancrés dans les tissus économiques locaux. Nous souhaitons renforcer cette coopération afin d’apporter un regard sur les opportunités que les marchés arabes peuvent offrir. La France est très attendue, nous devons répondre présent. Il faut que nos relations avec les pays arabes deviennent une de nos priorités stratégiques. 
Nous avons ce rôle de faciliter les relations franco-arabes et de contribuer au développement économique. C’est dans ce contexte que nous pouvons apporter au mieux notre expertise aux entreprises françaises et arabes. 
C’est le sens des propositions que j’ai formulées à l’occasion du Forum France-pays arabes.


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