Libération

Une télévision diffuse des images de vidéosurveillance sur la disparition de Khoshaggi

Un quotidien turc publie les noms de 15 Saoudiens "impliqués dans l'affaire"

11/10/2018

 Une chaîne de télévision turque a diffusé mercredi des images de vidéosurveillance montrant notamment l'entrée au consulat saoudien d'Istanbul du journaliste Jamal Khashoggi et de l'équipe soupçonnée d'être responsable de sa disparition.
M. Khashoggi, un journaliste saoudien critique du pouvoir de Ryad qui écrivait notamment pour le Washington Post, s'est rendu au consulat d'Istanbul le 2 octobre, sur rendez-vous, pour des démarches administratives.
Selon la police turque, il n'en est jamais ressorti, mais Ryad affirme le contraire.
Une capture d'écran des images de vidéosurveillance le montrant entrer au consulat avait déjà été diffusée par certains médias, mais la chaîne turque 24 TV est la première à diffuser les vidéos.
Sur les premières images, un homme présenté comme M. Khashoggi apparaît, entrant dans le consulat à 13h14. Un van noir est visible, garé à proximité.
Les images suivantes montrent un van entrer dans le consulat puis en ressortir et se rendre à 15h08, selon 24 TV, à la résidence du consul toute proche.
Selon le rédacteur en chef du quotidien Aksam, Murat Kelkitlioglu, s'exprimant sur 24 TV lors de la présentation des images, il est "certain" que M. Khashoggi est transporté dans ce van, mort ou vivant.
Des sources turques, citant l'enquête en cours, ont en effet affirmé durant le week-end que les premiers éléments indiquaient que M. Khashoggi avait été assassiné dans l'enceinte du consulat. Mais certains médias turcs ont évoqué mardi la possibilité qu'il ait été enlevé et emmené en Arabie saoudite.
La police turque a révélé samedi qu'un groupe de 15 Saoudiens a fait l'aller-retour à Istanbul et au consulat le jour de la disparition du journaliste.
24 TV diffuse aussi des images qu'elle affirme être celles des membres de ce groupe arrivant à l'aéroport d'Istanbul puis à leur hôtel. Selon la chaîne, ils ont quitté l'hôtel dans la matinée pour se rendre au consulat puis sont repartis dans la soirée.
Le quotidien progouvernemental Sabah avait révélé mardi que deux avions privés étaient arrivés d'Arabie saoudite à Istanbul ce jour-là et que les personnes à leur bord avaient des chambres réservées dans des hôtels proches du consulat.
Certaines d'entre elles ont eu le temps d'y déposer leurs affaires et de les récupérer le jour-même, mais aucune d'entre elles n'y a passé la nuit, selon Sabah.
Le quotidien publiait par ailleurs mercredi les noms, l'âge et les photographies de quinze hommes présentés commes l'"équipe d'assassinat" dépêchée par Ryad.
Le nom de l'une de ces personnes, Salah Muhammed Al-Tubaigy, correspond à celui d'un lieutenant-colonel du département saoudien de la médecine légale.
Le quotidien ajoute qu'aucun "morceau de corps" n'est apparu lors du passage des valises aux scanners de l'aéroport.
Les autorités turques ont obtenu mardi l'autorisation de fouiller le consulat saoudien, mais cette fouille n'a pas encore eu lieu.
Par ailleurs, l'Union européenne a soutenu mardi la position américaine sur la disparition du journaliste saoudien Jamal Khashoggi et souhaité elle aussi une "enquête approfondie", a indiqué la vice-présidente de la Commission européenne Federica Mogherini.
"Nous souscrivons à 100% à la position américaine. Nous attendons une enquête approfondie et une transparence totale de la part des autorités saoudiennes sur ce qui s'est passé", a déclaré à Lisbonne la chef de la diplomatie de l'Union européenne, à l'issue d'une rencontre avec le ministre portugais des Affaires étrangères Augusto Santos Silva.
A Genève, le Haut-Commissariat de l'ONU aux droits de l'Homme a également décrit cette affaire comme "un cas d'intérêt public énorme", selon sa porte-parole Ravina Shamdasani.
D’un  autre côté, les Etats-Unis "suivent de très près la situation" du journaliste saoudien Jamal Khashoggi, porté disparu le 3 octobre au lendemain d'une visite au consulat saoudien à Istanbul, a déclaré mardi le ministre américain de la Défense Jim Mattis.
"Nous suivons la situation de très près et nous travaillons en étroite coopération avec le Département d'Etat", a déclaré M. Mattis au Pentagone.
Le chef du Pentagone a cependant noté que la coopération militaire avec l'Arabie saoudite se poursuivait, notamment au Yémen où les Etats-Unis fournissent des armes et du carburant à la coalition dirigée par Ryad pour aider le pouvoir à stopper la progression des rebelles pro-iraniens Houthis.


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