Libération

Trump met fin aux négociations avec les talibans

09/09/2019 Libé

Donald Trump a annoncé samedi soir à la surprise générale qu'il mettait fin aux "négociations de paix" engagées depuis un an avec les talibans, qui semblaient pourtant sur le point d'aboutir à un accord historique après dix-huit ans de conflit en Afghanistan. 
Les talibans n'ont pas réagi dans l'immédiat à cette annonce, dont les répercussions apparaissent encore incertaines. 
Le président afghan Ashraf Ghani, a pour sa part, fait savoir dimanche par ses services qu'il demeurait "prêt à travailler avec les Etats-Unis et d'autres alliés pour arriver à une paix durable" et déclaré "apprécier les efforts sincères de ses alliés". 
Le président des Etats-Unis a aussi dévoilé qu'il devait initialement rencontrer ce dimanche à Camp David, "séparément" et dans le plus grand "secret", Ashraf Ghani mais aussi "les principaux dirigeants des talibans".  Une telle rencontre aurait été sans précédent, à quelques jours qui plus est du 18e anniversaire des attentats du 11 septembre 2001 qui avaient provoqué l'intervention militaire américaine en Afghanistan pour chasser du pouvoir les talibans, accusés de donner refuge à Al-Qaïda. "Ils étaient en route pour les Etats-Unis ce soir" mais "j'ai immédiatement annulé la réunion", a-t-il précisé sur Twitter. 
"Malheureusement, pour tenter à mauvais escient d'accroître la pression", les talibans "ont reconnu un attentat à Kaboul qui a tué un de nos grands grands soldats et onze autres personnes", a-t-il souligné pour justifier sa décision spectaculaire de "mettre fin aux négociations de paix".
Cet attentat survenu jeudi était le deuxième en quelques jours dans la capitale afghane revendiqué par les insurgés malgré "l'accord de principe" que le négociateur américain Zalmay Khalilzad affirmait avoir conclu avec eux lors des pourparlers de Doha. 
L'émissaire des Etats-Unis était justement allé présenter ce texte en début de semaine au président Ghani à Kaboul. "Qui sont ces gens qui tuent autant de monde pour soi-disant faire monter les enchères? Ils ont échoué, ils n'ont fait qu'aggraver leur position!", a encore lancé Donald Trump sur Twitter. 
"S'ils sont incapables d'accepter un cessez-le-feu durant ces discussions de paix très importantes, et sont en revanche capables de tuer douze innocents, alors ils n'ont probablement pas les moyens de négocier un accord significatif. Pendant combien de décennies encore veulent-ils combattre?", a conclu le milliardaire républicain. "Plus longtemps que les Etats-Unis", lui a répondu Laurel Miller, responsable de la diplomatie américaine pour l'Afghanistan et le Pakistan entre 2013 et 2017 et aujourd'hui directrice Asie de l'organisation de prévention des conflits International Crisis Group.
Selon elle, le projet de rencontre secrète avec les dirigeants des talibans "est une grosse surprise". "Pourquoi l'annuler en raison d'une attaque meurtrière à Kaboul jeudi alors que les talibans ont multiplié les attentats récemment? Ce n'est pas très clair", dit-elle à l'AFP. 
Pour Michael Kugelman, du cercle de réflexion Wilson Center, le problème naît du fait que "le gouvernement américain était prêt à négocier en position de faiblesse". "Trump veut partir d'Afghanistan. Est-ce qu'il va se retirer même sans accord?", a-t-il interrogé sur Twitter, tout en prédisant une possible reprise des négociations. 
De fait, le milliardaire républicain, qui a promis de "mettre fin aux guerres sans fin", avait donné son feu vert il y a un an à ces négociations directes et inédites avec les talibans. Un accord était sur le point d'être conclu pour permettre un début de retrait progressif des 13.000 à 14.000 soldats américains en Afghanistan, en échange de garanties contreterroristes de la part des talibans, d'une "réduction de la violence" et du lancement de négociations de paix directes avec les autorités de Kaboul, ce à quoi les insurgés s'étaient jusqu'ici toujours refusés. 
Mais le gouvernement afghan a exprimé sa "préoccupation" cette semaine sur le projet d'accord, demandant des éclaircissements à Zalmay Khalilzad, qui était donc retourné jeudi à Doha, au Qatar, pour reprendre les tractations avec les talibans.
Le chef de la diplomatie américaine Mike Pompeo avait initialement dit espérer une entente avant le 1er septembre pour que ces négociations interafghanes puissent démarrer avant l'élection présidentielle prévue le 28 septembre en Afghanistan. 
Et Donald Trump, qui juge de longue date que ce conflit a coûté trop d'argent et de vies humaines aux Etats-Unis, avait clairement fait savoir qu'il voulait battre le rappel des troupes avant de briguer un second mandat en novembre 2020. A tel point qu'une partie des observateurs et de la classe politique américaine, malgré le consensus sur la nécessité de mettre fin à ce conflit, redoutaient que le locataire de la Maison Blanche signe un "mauvais accord" en raison de son empressement électoraliste.

Début des patrouilles conjointes turco-américaines en Syrie
Ankara et Washington ont lancé dimanche matin leur première patrouille conjointe dans le nord-est de la Syrie, dans un secteur censé se transformer à terme en une "zone de sécurité" en vertu d'un accord entre les deux pays.
Six véhicules blindés turcs ont traversé la frontière pour rejoindre en Syrie autant de véhicules américains pour leur première patrouille conjointe, a constaté un journaliste de l'AFP sur place, une mesure prévue par un accord conclu le 7 août. 
Selon un photographe de l'AFP, les véhicules turcs et américains, suivis d'une ambulance et d'un pick-up, se sont enfoncés un peu en Syrie avant de se diriger vers l'Ouest. Deux hélicoptères surveillaient la zone où les véhicules turcs ont traversé la frontière à travers une ouverture dans le massif mur en béton érigé entre les deux pays. 
La patrouille devait durer jusqu'à la mi-journée, avant le retour en Turquie des troupes turques, selon le ministère de la Défense, qui affirmait que des drones étaient également impliqués.
L'accord conclu le mois dernier entre la Turquie et les Etats-Unis prévoit la mise en place d'une zone tampon entre la frontière turque et les zones syriennes contrôlées par la milice kurde appuyée par Washington des Unités de protection du peuple (YPG), fer de lance des Forces démocratiques syriennes (FDS), à l'est du fleuve Euphrate. 
Ankara considère cette milice comme une extension en Syrie du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), une organisation classée terroriste par la Turquie, mais aussi l'Union européenne et les Etats-Unis.
Le soutien américain à ces milices a ainsi été un point de friction majeur entre les deux pays, pourtant alliés au sein de l'Otan. "Nous appliquons l'accord et n'avons aucun problème avec cela tant que cela empêche la guerre", a déclaré à l'AFP Riyad al-Khamis, à la tête du conseil militaire des FDS à Tal Abyad. 
La patrouille devait aller dimanche à quelques kilomètres à l'est de Tal Abyad, a-t-il précisé, ajoutant que la date de la prochaine patrouille n'était pas encore connue.
Ankara et Washington ont récemment mis en place un centre d'opérations conjointes, prévu par cet accord pour coordonner la création de la "zone de sécurité", dont les contours restent flous. Le président turc Recep Tayyip Erdogan a toutefois affirmé que son homologue américain Donald Trump avait promis que la "zone de sécurité" serait large de 32 kilomètres (20 miles). 
M. Erdogan a également menacé de lancer une opération dans le nord-est de la Syrie si la Turquie n'obtient pas le contrôle de cette "zone de sécurité". 
Cet accord avait déjà permis d'éviter une opération turque contre les YPG qui semblait imminente. Depuis 2016, la Turquie a lancé deux opérations transfrontalières contre les YPG et a plusieurs fois menacé d'en lancer une nouvelle.


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