Quid de la santé, de l’éducation, du bien-être …?

Avec le seul aspect financier comme critère, le taux de pauvreté aurait baissé au Maroc entre 2001 et 2019

10/06/2021

Selon une étude établie par l'Observatoire national du développement humain (ONDH) sur "La dynamique de la pauvreté au Maroc", dont les résultats ont été présentés, mardi dernier, lors d'un webinaire, la pauvreté absolue a nettement régressé depuis 2001 pour ne représenter que 1,2% en 2019 contre une baisse légère de 2,7% entre 2001 et 2019 en passant de 20,4% à 17,7%. Quant au taux de pauvreté relative, il se maintient à un niveau encore élevé, surtout en milieu rural où il a atteint 36,8% en 2019.

L'étude révèle également qu'en 2019, près de 45% des Marocains se considèrent subjectivement pauvres (38,6% dans le milieu urbain et 58,4% dans le milieu rural), notant que la pauvreté subjective (pourcentage des chefs de ménages qui se considèrent en situation de pauvreté) affecte l’ensemble des classes sociales mais à des niveaux différents. Ainsi, le taux de pauvreté subjective a été de 55,7% parmi les 20% les plus pauvres et 26,7% parmi les 20% les plus aisés, fait savoir la même source. Peut-on vraiment parler d’un recul de pauvreté au Maroc? Il est difficile de trancher puisqu’il existe différentes définitions et approches pour mesurer la pauvreté. En effet, ce phénomène est multidimensionnel et reste difficilement quantifiable, selon plusieurs spécialistes. Sa complexité réside dans la description des caractéristiques de ce phénomène (manque de ressources monétaires, déficit d'éducation et santé, absence de liberté, impossibilité de participer à une communauté ou le manque d'un sentiment d'appartenance à une société donnée).

D’après certains économistes, la pauvreté peut se manifester de manière multiple : par la faiblesse ou l'absence d'un revenu, par un logement précaire, par une mauvaise santé, par une éducation insuffisante, par la sous-alimentation ou un environnement dégradé... Ces facteurs varient d'une région à une autre, d'un groupe de personnes à d'autres, ce qui complexifie, selon eux, la quantification du phénomène. Aujourd’hui, l’ensemble des organismes internationaux sont unanimes à ne pas réduire la pauvreté à son expression monétaire.

 expression monétaire. Un constat que partage l’ONG Oxfam concernant la situation de la pauvreté dans notre pays. Dans son rapport intitulé «Un Maroc égalitaire, une taxation juste», publié lundi 29 avril 2019, elle a indiqué que les données révélant une régression considérable du taux de pauvreté entre 2001 et 2014 grâce à la croissance dynamique de l’économie marocaine au cours des vingt dernières années (4,4% par an en moyenne entre 2000 et 2017), ont été basées sur une approche uniquement monétaire de la pauvreté. Ces statistiques passent sous silence d’autres facteurs tels que l’accès à la santé ou à l’éducation. Pis, ce taux ignore les familles qui se situent juste au-dessus du seuil de pauvreté et sont susceptibles d’y tomber au moindre coup dur, ce que l’ONG nomme le «taux de vulnérabilité». Or celui-ci concernerait un Marocain sur huit au niveau national, et près d’un sur cinq en milieu rural. Le même rapport a précisé que ni la croissance des vingt dernières années, ni les progrès affichés en termes de réduction de la pauvreté n’ont produit d’effets notables. «La croissance et l’augmentation des richesses semblent d’ailleurs ne bénéficier qu’à un tout petit nombre de personnes très fortunées : trois milliardaires marocains détiennent à eux seuls 4,5 milliards de dollars, soit 44 milliards de dirhams. Leur richesse est telle que la croissance de leur fortune en une année représente autant que la consommation de 375.000 Marocains parmi les plus pauvres sur la même période», précise ledit rapport d’Oxfam. Et d’ajouter : «Il faudrait 154 ans à une personne salariée au SMIG pour gagner ce que perçoit en 1 an l’un des milliardaires du Maroc ».

Une situation qui risque de s’aggraver davantage au cours de ces deux dernières années marquées par la crise liée au Covid-19. En fait, une note du HCP sur «l’évolution du niveau de vie des ménages et impact de la pandémie de Covid-19 sur les inégalités sociales» a révélé la multiplication de l’incidence de la pauvreté par près de 7 à l’échelle nationale, pendant le confinement. Il est passé de 1,7% avant cette crise à 11,7%, de 5 fois en milieu rural, passant respectivement de 3,9% à 19,8%, et de 14 fois en milieu urbain, respectivement de 0,5% à 7,1%. De même, le taux de vulnérabilité a plus que doublé, passant de 7,3% avant le confinement à 16,7% pendant le confinement. Par milieu de résidence, ces proportions sont respectivement de 4,5% et 14,6% en milieu urbain et de 11,9 % et 20,2% en milieu rural. En conséquence, les inégalités sociales se sont amplifiées et ont dépassé le seuil socialement intolérable (42%), souligne le HCP.

Hassan Bentaleb

Définition de la pauvreté, selon le PNUD et la Banque mondiale
Pour la Banque mondiale et le PNUD, la pauvreté résulte «d'un manque d'(accès aux) actifs, d'une croissance économique insuffisante ou inappropriée, et d'une mauvaise gouvernance.» La Banque mondiale et le PNUD (Programme des Nations unies pour le développement) restent les deux institutions phares dans la lutte contre la pauvreté. Les deux organisations s'accordent sur les causes de la pauvreté mais ont cependant des divergences quant à la définition de celle-ci et de son quantification. Le PNUD définit spécifiquement trois notions : La pauvreté extrême ou pauvreté absolue : une personne vit en condition d'extrême pauvreté si elle ne dispose pas des revenus nécessaires pour satisfaire ses besoins alimentaires essentiels définis sur la base de besoins caloriques minimaux (1800 calories par jour et par personne (OMS)). La pauvreté générale ou pauvreté relative : une personne vit en condition de pauvreté générale si elle ne dispose pas des revenus suffisants pour satisfaire ses besoins essentiels non alimentaires : habillement, énergie, logement, ainsi que des biens alimentaires. La pauvreté humaine : est considérée comme l'absence des capacités humaines de base : analphabétisme, malnutrition, longévité réduite, mauvaise santé maternelle, maladie pouvant être évitée. Le PNUD ne définit pas officiellement la pauvreté monétaire, mais l'évoque. C'est la pauvreté humaine qui est mise au cœur de l'analyse et celle-ci est liée à la notion de développement humain inspiré des travaux d'Amartya Sen (Prix Nobel d'économie 1998) : le développement humain représente l'élargissement des possibilités et des choix offerts aux individus. Ainsi le PNUD privilégie une approche multidimensionnelle où la pauvreté humaine est définie comme étant «la négation des opportunités et des perspectives fondamentales sur lesquelles repose tout développement humain : vivre une vie longue, saine, constructive, et jouir d'un niveau de vie décent, ainsi que de la liberté, de la dignité, du respect de soi-même et d'autrui.» (Rapport sur le développement humain PNUD-Algérie 2006, p.17) Quant à l'approche utilisée par la Banque mondiale, il s'agit d'une approche monétaire de la pauvreté. Son raisonnement consiste à identifier deux sortes de pauvreté : la pauvreté absolue et la pauvreté relative qui ont été précédemment définies. La Banque mondiale reconnaît les différentes facettes de la pauvreté : sa dimension multiple n'est ainsi pas négligée. Elle explique que l'étude des domaines comme la santé, l'éducation, la vulnérabilité, le manque de pouvoir et le manque de parole sont particulièrement nécessaires pour appréhender la pauvreté dans toute sa complexité. L'approche monétaire de la Banque mondiale consiste à «se baser sur un critère de revenu ou de consommation, puis combiner différents domaines qui se renforcent ou s'aggravent pour diminuer ou bien pour accroître le niveau d'indigence des populations pauvres». Source : http://www.bsi-economics.org/416-definitions-approches-pauvrete


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