Libération
Plus de 30.000 cas de cancer du sein par an au Maroc : Faute d’un dépistage au ciblage réduit et qui ne se fait pas dans les normes requises

15/09/2018 Hassan Bentaleb

Les cancers du sein et du col de l’utérus continuent de faire des ravages parmi les Marocaines. Ce sont, en effet, 10.136 femmes qui sont atteintes par le cancer du sein et 3.388 par celui du col de l’utérus sur les 52.783 cas de cancers enregistrés depuis le début de 2018.
Le cancer des poumons arrive en troisième position avec 6.488 cas suivi de celui du colon (4.118) et de la prostate (3.990).
Ces cancers ne représentent pas les cas les plus fréquents, mais plutôt ceux qui causent un nombre important de décès. Notamment à cause du retard dans leur diagnostic.  
L’Organisation mondiale de la santé compte 32.962 décès chaque année, selon les dernières estimations du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC/IARC) de l’OMS, publiées mercredi dernier.
Un bilan presque identique à celui qui a été présenté par le ministère de la Santé qui a révélé que chaque année, 40.000 nouveaux cas de cancers sont diagnostiqués au Maroc.
Le cancer du sein  arrive en premier avec 36% des cas révélés, suivi de celui de l’utérus, de la thyroïde et du colon qui représentent, respectivement, 11,2%, 8,6% et 5,9% de l’ensemble. Chez les hommes, le cancer des poumons arrive en tête de liste avec 22% des cas diagnostiqués suivi de  celui de la prostate et du cancer colorectal  avec 12,6 et 7,9%.
Comment peut-on expliquer la hausse du nombre des cas de femmes atteintes du cancer du sein ? Selon une évaluation du Programme national de dépistage dirigé par la section de détection précoce et de prévention du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) sis à Lyon, plus de 60% de la population cible annuelle avait été dépistée, mais le taux de détection du cancer était de 1 femme sur 1.000, ce qui est inférieur à la moyenne.
Révélée en août dernier par le site spécialisé AuntMinnie, cette évaluation indique que le Maroc n'utilise pas la mammographie pour dépister les cas de cancer mais qu’à l'instar d'autres pays moins développés où le taux de cancers du sein est en hausse, il recourt à un dépistage clinique basé sur les examens mammaires par le biais de services de santé de routine. « Le dépistage par mammographie est trop complexe, nécessite beaucoup de ressources, n'est pas réalisable et est inabordable pour le pays, ont noté les chercheurs, qui pensent que leur étude a des implications pour d'autres pays dans des situations similaires », précise le rapport d’évaluation.
Concernant le programme national de dépistage du cancer du sein lancé en 2010 à destination des femmes âgées de 40 à 69 ans, il a été constaté que ce dispositif souffre de l’absence d'un mécanisme permettant d'identifier et d'inviter individuellement les femmes éligibles. En fait, chaque centre de santé primaire fixe un objectif annuel à atteindre. Ceci d’autant plus que le programme recherche un nombre proportionnellement plus élevé de jeunes femmes au détriment des femmes âgées qui présentent un risque beaucoup plus élevé de cancers du sein sans parler de l’absence d’un système d’information informatisé issu d’un programme de dépistage à grande échelle. « En 2015 et 2016, respectivement 1,1 million et 1,5 million de femmes ont été dépistées. En 2015, 62,8% de la population cible annuelle était couverte, ce qui a atteint le niveau acceptable de 60%. La positivité de l'examen clinique du sein était de 3,2% en 2015 et a augmenté à 5,2% en 2016 en raison de l'abaissement de l'âge cible à 40 ans. Cependant, les deux valeurs étaient sensiblement inférieures aux valeurs acceptables (10% à 13% sont acceptables) », souligne le rapport de l’évaluation. Et de conclure que l'examen clinique des seins «étant un test subjectif, la positivité est souvent élevée lorsque les prestataires nouvellement formés initient un dépistage. Compte tenu des données cohérentes et robustes obtenues du programme sur plusieurs années, les experts nationaux doivent revoir les normes. La positivité de l’examen clinique du sein doit être régulièrement contrôlée dans les centres de santé primaires et les valeurs trop élevées ou trop basses nécessiteraient un recyclage des prestataires de services ».


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