Libération
Parole aux artistes : La comédienne Houda Rihani, un acteur se doit d’honorer son métier d’artiste en premier

02/06/2018 Propos recueillis par Mustapha Elouizi

Il est très important d’ouvrir grandes
les portes de la contribution des artistes,
en leur permettant de s’exprimer sur
des questions d’ordre public. Leur regard
est certes singulier et leur manière d’évaluer est libérée des a priori, en général, ce qui donne à leurs propos une valeur essentielle en relation avec la critique publique.
C’est le cas de la comédienne Houda Rihani
qui a choisi de continuer sa carrière au Canada. C’est l’une des comédiennes marocaines
qui a réussi à interpréter de nombreux
rôles aussi simples que complexes.


Libé : Quel rôle devrait jouer aujourd’hui l’artiste dans la vie publique ?
Houda Rihani : Il est d’abord tenu  de jouer ses rôles et d’honorer son métier d’acteur qui appelle l’interprétation de divers caractères, de personnages réels ou fictifs. Pour répondre à votre question, je dirai que l’artiste à travers son art, devrait jouer un/des rôles dans la vie publique.
Un artiste est amené à s’interroger sur la raison pour laquelle il a choisi l’art comme médium d’expression. Un tel questionnement l’oriente ou éclaire sa mission. La réponse pourrait ne pas être immédiate, pourrait changer, se développer au cours de sa carrière.
Un engagement devrait émaner d’une conviction sincère, d’un mode de vie. Il ne peut pas prétendre militer pour l’environnement alors qu’il ne remplit pas ses devoirs envers cet environnement.
La notoriété d’un artiste est un adjuvant pour son implication dans une cause quelconque, comme le cas de sa contribution à une communication sociale servant des causes sociales justes et humaines en général. Il doit en profiter pour donner à sa contribution plus d’impact.

Quels sont les moyens à même de transformer les espaces publics en des endroits artistiques ?
Il faudrait s’approprier ces espaces publics. Les arrondissements, les communes urbaines et même rurales doivent permettre aux artistes d’exploiter ces endroits, ces places publiques comme lieux de diffusion artistique. Une telle décision permettra de démocratiser l’art. Jamaa El Fna est une magnifique place qui permet aux conteurs, entre autres, de se produire devant un public. C’est un lieu qui nous ramène des touristes. Pourquoi donc ne sommes-nous pas capables d’avoir d’autres lieux pareils à Casablanca, Rabat…?
L’Usine, les Anciens abattoirs, est une vraie réussite, une belle initiative à applaudir et à prendre comme exemple. Il suffit de réfléchir et de faire montre de volonté de service public!

Que fait un artiste résident à l’étranger pour promouvoir son pays ?
En tant que résidente au Canada, je m’implique pour faire connaître mon pays. Et culturellement parlant, cette mission est plus grande et touche nombre de domaines.
Je travaille fort pour avoir ma place ici à Montréal en tant que comédienne et gestionnaire culturelle venue du Maroc.
Etre membre dans des comités de grandes institutions culturelles gouvernementales est une belle réussite. Donner envie à des troupes de théâtre québécoises de jouer au Maroc, à des artistes d’art visuel d’exposer ou de faire des résidences artistiques au Maroc est un pur bonheur pour moi. Je porte le Maroc dans mon  cœur, dans mon sang et mes veines. Je suis fière de ma civilisation et de ma culture. Toutefois, je reste critique: Je ne comprends pas pourquoi l’on se contente d’une seule source de financement pour le théâtre, pourquoi la danse contemporaine marocaine agonise faute de subventions… pourquoi l’on n’arrive pas à se mettre dans la tête que la culture est un levier économique important, que la culture est liée directement à l’identité d’un peuple.

L’industrialisation de la culture sert-elle vraiment l’action artistique, ou au contraire, la réduit-elle à une marchandise consommable éphémère ?
Le cinéma est une industrie, mais elle n’est pas éphémère; a contrario, une pièce de théâtre ( un spectacle) est éphémère, une installation en art visuel est éphémère, le cirque est éphémère… Le mot industrie n’est pas aussi diabolique qu’on l’imagine ! Une pièce de théâtre est un produit et tout produit passe par un processus de production/création et de consommation/diffusion; je trouve même ça joli : des consommateurs de culture !
On peut avoir une certaine réticence envers le terme; personnellement je n’ai pas de problème avec l’industrialisation de l’art tant qu’on continue à le faire et à le respecter.

De quelle nature est votre présence sur les réseaux sociaux (personnelle, professionnelle, les deux …) ? Quel est votre dernier travail artistique ?
J’utilise les réseaux sociaux pour mon auto-promotion; je sais que j’ai du travail à faire là-dessus, il y a des plateformes que je n’utilise pas, d’autres que j’utilise mais que je ne maîtrise pas…

Quel est votre dernier travail artistique ?
Au Maroc, j’ai participé au film « Les portes du ciel » de Mourad Elkhaoudy, nous l’avions tourné à Marrakech en avril passé. Ici à Montréal, j’ai deux casquettes. En tant qu’actrice, j’ai participé à une lecture publique au Festival Jamais Lu Montréal; j’ai joué dans un long métrage réalisé par Monia Chokri. Pour mon autre casquette de gestionnaire culturelle, j’étais chargée de projet pour un événement programmé dans le cadre d’un festival de théâtre de la diversité qui a eu lieu à la mi-mai.

Comment réagissez-vous aux questions de l’opinion publique ?
Je réagis en fonction des événements. Il y en a qui me font plaisir, d’autres qui me révoltent, ceux que je supporte, et ceux auxquels je n’adhère pas. Si je cherche plus d’informations sur des sites fiables, je n’aime pas réagir et écrire des commentaires ou prendre des positions sans avoir compris le sujet et l’enjeu, je reste toutefois vigilante.


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