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Mounia Boutaleb : Je suis loin d’être une peintre réaliste

15/05/2019 Propos recueillis par Mehdi Ouassat

Mounia Boutaleb fait partie des artistes peintres marocains qui travaillent sur la base d’une idée, sinon d’un projet. Rien n’est dû au hasard. Chaque couleur comporte une inspiration et chaque forme fait ressortir un état d’âme. Ses créations son travaillées selon des techniques mixtes, comme la peinture à l’huile, à l’acrylique, l’encre de Chine, ou même le sable. Mounia Boutaleb nous livre ses impressions et nous dévoile un peu plus son univers, riche en couleurs.


Libé : Comment êtes-vous venue à l’art pictural?
Mounia Boutaleb : Je crois que du plus loin que je m’en souvienne, j’ai toujours été créative.  Je ne saurais expliquer comment cela m’est venu, mais enfant, je dessinais, lisais, et rêvais beaucoup. J’avais tendance à dessiner sur mes cahiers d’école et j’ai grandi et évolué avec ce besoin d’expression. J’avais commencé à prendre des cours d’art plastique au collège où mes professeurs  m’encourageaient à persévérer dans mon travail, sûrement qu’ils avaient décelé des talents d’artiste en moi (rires).  Et depuis, je me suis toujours vue dans l’art et la création. 

Comment présenteriez-vous vos œuvres à nos lecteurs ?
Tout d’abord, mes toiles sont souvent de grande dimension, car j’aime m’exprimer en grand. A  mon avis, une œuvre de grande dimension permet à l’intéressé de mieux s’en imprégner. Mes œuvres sont non seulement à regarder mais aussi à toucher. Mon travail de la «forme et matière» fait appel à deux sens, la vue et le toucher. Cela implique proximité et contact. Ensuite, la couleur est source de bonheur et de bonnes ondes pour moi ! Mes peintures sont très colorées et très vivantes. Elles respirent la joie de vivre et la bonne humeur.
Dans mes tableaux,  je commence par un fond monochrome qui, à la fois, définit l’espace et annonce le départ. Ensuite, je peux avancer en réagissant à chaque nouvelle touche que j’apporte sans avoir une idée précise de l’état final parce que chaque nouvelle forme colorée change le contexte. C’est le moi ou l’inconscient qui conduit le geste. Je tends par les formes colorées à ce que le tableau soit en équilibre et vivant.  Et enfin, le tableau est achevé dès que je ne vois plus rien à rajouter ou enlever.
Peindre pour moi, c’est traduire les émotions de la vie en tentant de les faire partager. Je ressens réellement ce besoin de peindre ; il s’agit d’un acte libératoire d’un appel intérieur, de quelque chose d’absolument indispensable! Mes  toiles sont toutes un bout de moi, elles ont toutes leur raison d’être. 

Vous dites souvent que vous êtes à la recherche permanente d’un  enrichissement de votre méthode, en mélangeant techniques et matières. Qu’en est-il exactement ?
Je dirais plutôt que je suis en continuelle recherche de moi-même (rires). Mais aujourd’hui concernant ma démarche, j’essaie d’abord de composer la toile dans mon esprit ; après  j’intègre plusieurs matières : peinture à l’huile, à l’acrylique, encre de Chine, sable, enduit, papier... J’aime utiliser la matière dans mes compositions ; je travaille beaucoup en plusieurs couches, avec assez de matière que je gratte, je brosse, je tamponne et j’étire afin de créer du relief, des dégradés ou des clairs-obscurs. Je procède également par empâtement de la peinture pour donner plus de volume à mes tableaux. J’adore expérimenter. J’ai commencé par la peinture en aplat, au début. Puis, je suis venue au relief. Je pense être une chercheuse de formes, de couleurs et de matières pour recréer un type d’harmonie. Alors, je cherche...  J’espère faire évoluer ma technique évidemment, aller encore plus loin ; j’ai encore beaucoup à apprendre et à découvrir pour progresser. Si l’évolution s’arrêtait, je stagnerais et je me perdrais dans un flot de souvenirs doux-amers. J’ai peur de la médiocrité.
Généralement, je suis toujours fière de la toile que je viens de terminer en attendant la prochaine. Pour moi, un tableau doit représenter une émotion née de la vie. Dans mes toiles, j’essaie d’établir une harmonie entre les deux.

Quels sont vos thèmes de prédilection? 
Mes influences sont multiples. Quant à mes inspirations, je dirais tout simplement de la vie, ou du moins, des relations complexes entre les gens, du rapport de l’homme à la liberté, de l’homme face à l’inconnu et surtout de mon environnement ainsi que des relations avec mon entourage. J’ai ainsi appris à accepter les gens pour ce qu’ils sont. Je suis fascinée par la nature humaine et toutes ses émotions, j’ai une envie de prendre tout ce que m’offre la vie !
Ce que je vis m’est propre, mais les émotions sont universelles. Je nourris ma peinture de mes états d’âme. Je parle d’identité, de relations complexes, de rencontres furtives...
Parfois, il y a juste une image, une phrase, une rencontre, une anecdote, ou même une discussion ; tout peut être prétexte à une toile. Je dirais aussi que le réel et l’imaginaire s’imbriquent pour m’aider à explorer et créer une nouvelle toile.

Votre peinture semble beaucoup intéresser les amateurs d’art. Comment évaluez-vous votre parcours ?
Effectivement, ma peinture suscite la curiosité et l’intérêt des amateurs d’art qui apprécient mes œuvres. Je pense que cela provient de mon mode d’expression, de ma manière de traiter la couleur et surtout de  mon goût pour le relief. Je ne suis absolument pas une peintre réaliste. J’aime que les choses soient suggérées, et même qu’elles paraissent mystérieuses. Ma peinture est longtemps restée confidentielle. Jusqu’à ma rencontre avec des peintres à Paris qui m’ont aidée à aller à la rencontre du public.
Je ne suis qu’à mes débuts et je pense que seul le travail paie ! Dans ce métier, la patience est d’or.  


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