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Marie-Noëlle Grandiz : Nous étions tous citoyens d’El Jadida

02/07/2018 Libé

Marie-Noëlle Bron née Grandiz est une ancienne Mazaganaise issue d’une famille gibraltarienne arrivée à El Jadida au XIXème siècle. Après ses études à El Jadida et à Fès, elle exerça le métier de professeur au collège de Sidi Bennour puis au collège Halima Saâdia à El Jadida jusqu’en 1978. A notre demande, Marie-Noëlle Grandiz a bien voulu nous parler de sa vie et de sa famille à El Jadida.
“Je m’appelle Marie-Noëlle Grandiz et je suis issue d’une ancienne famille mazaganaise qui a habité El Jadida depuis le XIXème siècle et plus exactement depuis 1860. Vu l’enracinement de notre famille à El Jadida, nous n’avons jamais imaginé qu’un jour nous allions quitter ce merveilleux pays pour vivre à l’étranger où notre famille est aujourd’hui éparpillée à travers toute l’Europe.
J'ai toujours gardé de merveilleux souvenirs d'El Jadida cité cosmopolite. C’est ma ville de cœur, celle de mon enfance, de mon adolescence et de mon entrée dans la vie active. Toutes mes racines sont là-bas et cela ne peut jamais s'oublier. Mon arrière-arrière-grand-père maternel Juan Baptista Ansado (1848-1930) est arrivé à Mazagan dans les années 1860 en provenance de Gibraltar. C’est dans ce port qu’il s’est adonné avec d’autres Gibraltariens au commerce et à l’import-export. D’ailleurs son immeuble, qui se trouve entre l’ancien cinéma Rif et le souk Lekdim, vient d’être démoli il  y a un mois. Quant à mes arrière-grands-parents maternels Carlos Balestrino et Ana Maria Ansado, ils sont nés à Mazagan respectivement en 1866 et 1875.
A ce jour, le cimetière chrétien d’El Jadida garde les sépultures de plusieurs membres de ma famille : Maria-Luisa Ansado, ma grand-mère (épouse de Manuel Canas-Fuentes médecin qui a exercé à Marrakech jusqu'en 1967)  avec d'autres membres de ma famille. D’autant plus qu’une rue à la descente de Bouchrit porte le nom de ce grand-père, rue Balestrino. C’est dans cette rue que se trouve l’usine d’électricité dépendant de l’ONE. Cet arrière-grand-père avait épousé en secondes noces Mary Pickford Redman, elle-même issue d’une grande famille anglaise de consuls.
Ma mère Marguerite Canas-Balestrino (1926-1986) est également native de Mazagan, mon père Rafael Grandiz-Perez (1928-1998) est natif de Casablanca. Il a occupé la fonction de chancelier du consulat d’Espagne d'El Jadida jusqu'à la fermeture de ce dernier en 1969. Ce consulat se trouvait en face du collège Chouaïb Doukkali. 
 Mes parents se sont mariés en 1949 à Mazagan et y ont vécu jusqu'en 1969. Maman a passé son enfance et adolescence à Marrakech où son père était médecin. Elle venait à Mazagan chez ses grands-parents profiter de ses vacances d'été et durant l’année scolaire. Au décès de sa mère Maria-Luisa Balestrino-Ansado (1902-1944), elle est venue avec ses sœurs vivre chez leur tante Eulalie Balestrino-Ansado qui tenait avec son mari Paul Cayrasso l'hôtel Moderne en centre-ville. C’est là qu’elle a rencontré mon père natif de Casablanca qui y logeait la semaine car il travaillait à El Jadida. Ils ont eu quatre enfants : Christine (1950), Marie-Noëlle (1952), Charles (1955) et Norbert (1956). Chacun a ensuite pris son envol et a fondé sa propre famille loin de nos racines mazaganaises.
De par sa fonction de chancelier du consulat d'Espagne, mon père connaissait beaucoup de monde en particulier la communauté espagnole d'El Jadida (Llull, Vazquez, Lopez, Perez...). Mes parents avaient aussi comme amis M. et Mme Rizzo avec qui ils jouaient au bridge, M. et Mme Aleci Mario (garagiste) et Mme Duplessis (de l’établissement La Cigogne).  Dans notre rue dite du Sous-brigadier Guillaume,  en bas de l’Avenue des FAR, nous côtoyions également nos voisins Marocains chez qui nous étions souvent invités à manger de délicieuses spécialités marocaines et regarder la télévision que nous ne possédions pas à l'époque.
 Quant à moi, comme tout enfant d'El Jadida, j'avais des camarades de classe et des voisins de jeux dans chaque communauté. J'étais invitée aussi bien aux fêtes musulmanes ou juives que catholiques. Nous étions tous citoyens d'El Jadida sans distinction de nationalité ou de religion; aucune de ces notions  ne perturbait notre profond désir de vivre ensemble dans la plus grande convivialité.
J'ai exercé en France jusqu'à ma retraite  dans le département natal (90) de mon époux Jean-Claude Bron, lui-même enseignant arrivé au Maroc en 1967 en tant que coopérant à Sidi Bennour. Nous avons une fille née à Marrakech et deux petits-enfants. Nous sommes rentrés du Maroc en 1978.
Voici, cher ami Mustapha, brièvement les grandes lignes de ma vie”.

Par Mustapha Jmahri 
jmahrim@yahoo.fr


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