Libération

Majida Chahid fêtée à Agadir

L’AMEJ célèbre un symbole d’abnégation féminine

17/05/2018 Mustapha Elouizi

Au Sud-est du pays, son expérience pilote constitue un exemple à suivre pour les femmes désireuses de s’investir dans le champ associatif. A Zagora, sa ville et zone de prédilection, elle passe pour une icône. Lorsqu’on réclame aux femmes une voix parlant en leur nom, elles répondent toutes, sans exception, Majida Chahid ! Dimanche soir, celle qui jouit de trente ans d’action associative a été à Agadir, au centre d’un vibrant hommage. Une reconnaissance de ses précieux labeurs. L’événement est de taille ; il est initié par l’une des grandes organisations de l’action associative dans le pays : l’Association marocaine pour l’éducation de la jeunesse (AMEJ), à l’occasion de son 62ème anniversaire.  
En tête de nombreuses figures ayant fait montre d’abnégation et de volontariat dans les domaines économique, politique, et académique, Majida Chahid, de par son courage et sa modestie, s’est surtout distinguée par ses convictions prônant l’égalité et l’équité au sein de la société entre femmes et hommes. A l’époque, dit-elle, «il n’y avait ni émissions télévisées, ni quota féminin, encore moins de comités de parité ; les conditions des femmes étaient difficiles, voire pénibles, notamment dans les zones reculées et éloignées».
Une femme leader au sens réel du terme, elle a mené ses actions sans tapage médiatique, ni discours concoctés dans les salons climatisés… Seul soutien : son courage et ses principes qu’elle a pu apprendre au sein d’une famille militante alors qu’elle n’avait pas encore atteint l’âge de maturité. Ses actions sociales ont eu un grand impact sur son entourage, en s’inspirant de l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH). C’est auprès des femmes de l’oasis Bni Zoli et des oasis avoisinantes, que le nom de Majida Chahid incarne une fierté féminine et un exemple pour des fillettes, voyant en elle l’image d’une femme libre, épanouie, mais aussi une femme très ancrée dans sa société et bien attachée au creuset oasien.
A un moment, le nombre de femmes encadrées par Majida Chahid dépasse de loin celui des femmes initiées au sein des institutions de la protection sociale dans la province de Zagora. Ce qui a poussé les responsables à profiter de sa riche expérience. Une action commune est née et les résultats sont palpables. Elle gère depuis quelques années déjà des institutions sociales abritant pas moins de 300 filles rurales pour les accompagner dans leur scolarité, mais aussi pour leur apprendre le principe de l’excellence. Le centre-ville de Zagora ne pouvait se passer des services de cette grande dame. C’est ainsi que Majida Chahid a été derrière l’ouverture d’une maison pilote de la fille… Histoire de permettre aux filles des branches scientifiques et techniques de poursuivre leurs études dans de très bonnes conditions … et d’éviter ainsi les parcours interrompus qu’avaient connus de nombreuses filles rurales dans la province.
Au milieu de la première décennie du nouveau millénaire, les organisations du prix «Khmissa» pour la reconnaissance et la promotion de l’action féminine la choisissent parmi les cinq meilleures actrices associatives du pays. Son insertion incontestée dans son tissu social l’avait poussée à s’engager dans la chose publique, mue par ses convictions mais aussi par l’insistance des femmes de son village, ce qui l’a propulsée en leader communautaire à part entière.
Ce qui étonne plutôt dans la forme d’être au féminin d’Oum Hadhil au cœur d’une société encore fortement masculine, c’est sa force douce. C’est une forme de résistance inflexible. Femme mariée au charme naturel, elle ne manque à aucun moment de montrer rigueur et militantisme hors pair. Le dernier exemple remonte au début du mois courant dans la commune rurale de Bni Zoli où cette élue a mené une protestation aux côtés des autres élus, majoritairement de l’USFP, contre la mauvaise gouvernance communale. Et même en expliquant les causes de ce sursaut militant, elle garde toujours son sourire et cette lueur d’espoir dans les yeux… Les beaux jours sont ceux qu’on n’a pas encore vécus, comme dirait le grand Nadim Hikmet.


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