Libération

Maduro, un président controversé qui entend poursuivre la “révolution”

Il y a cinq ans, j'étais un novice. Maintenant je suis un Maduro debout

07/08/2018

Nicolas Maduro, qui affirme avoir échappé à un attentat, est un président controversé aussi bien dans son pays, écrasé par l'une des pires crises économiques et politiques de son histoire, que sur la scène internationale.
Cet ancien chauffeur d'autobus âgé de 55 ans, corpulent et à la moustache noire fournie, a été, selon les autorités vénézuéliennes, la cible d'un attentat qui aurait été commis samedi avec des drones chargés d'explosifs pendant une cérémonie en plein air à Caracas.
"Je vais bien, je suis vivant, et après cet attentat, je suis plus décidé que jamais à suivre le chemin de la révolution" bolivarienne, a déclaré M. Maduro lors d'une allocution télévisée peu après les faits, avant de conclure "Vive la vie!".
M. Maduro est un survivant de la crise vénézuélienne. Il y a un an, tout le monde le disait perdu. Personne n'imaginait qu'il allait se représenter à l'élection présidentielle. Et pourtant, le 20 mai, il a été réélu pour un second mandat jusqu'en 2025.
Le scrutin, qui n'est pas reconnu par une grande partie de la communauté internationale, a été marqué par une très forte abstention et par l'absence d'adversaire de poids. M. Maduro avait lui-même choisi d'avancer la date de l'élection de décembre à mai.
"On a encore gagné ! (...) Nous sommes la force de l'histoire transformée en une victoire populaire permanente", a lancé au soir de sa réélection le chef de l'Etat devant ses partisans.
Pourtant, au départ, il a dû lutter pour se faire respecter comme légitime successeur d'Hugo Chavez (président de 1999 à son décès en 2013), qui l'avait adoubé personnellement en lui confiant les rênes de "la révolution bolivarienne".
"Son autorité est née comme un héritage de Chavez, mais maintenant nous avons un Maduro différent, qui se sait fort et est plus agressif", expliquait à l'AFP Félix Seijas, directeur de la société de sondages Delphos.
Sous son mandat, le chemin n'a toutefois pas été rose: crise économique, manifestations, sanctions internationales... Pour garder la main, il a fini par attribuer un pouvoir absolu à une Assemblée constituante uniquement composée de chavistes.
"Il y a cinq ans, j'étais un novice", confiait-il il y a quelques mois durant la campagne présidentielle. "Maintenant je suis un Maduro debout, avec l'expérience de la bataille, qui a affronté l'oligarchie et l'impérialisme. Je suis là, plus fort que jamais".
Malgré son taux d'impopularité (75% selon Datanalisis), il était le favori des sondages face à Henri Falcon, dissident chaviste qui devait lutter à la fois contre la mainmise institutionnelle du président et contre les appels à l'abstention des principaux partis d'opposition.
Elu de justesse en 2013 face à Henrique Capriles (depuis déclaré inéligible), Nicolas Maduro est accusé par ses détracteurs de mener une gestion économique erratique et d'être un "dictateur" accaparant tous les pouvoirs, surtout l'armée.
Seul bastion conquis par l'opposition, le Parlement s'est vu confisquer ses prérogatives par la Constituante.
Hugo Chavez, qu'il a connu en 1993, le considérait comme "un révolutionnaire pur et dur".
Face aux critiques, il répond qu'il est un "président démocratique" et assure que c'est une "guerre économique de la droite", avec l'aide des Etats-Unis, qui a causé l'hyperinflation et les pénuries d'aliments et de médicaments.
"Il a été sous-estimé, non seulement par l'opposition mais aussi par beaucoup de chavistes", souligne Andrés Cañizalez, chercheur en communication politique.
"Maduro a effectué une métamorphose et ces élections sont l'apogée de ce processus: nous pourrions être en train de passer du chavisme au +madurisme+", estime M. Cañizalez.
Félix Seijas y voit beaucoup d'audace politique. Il a été "un grand équilibriste qui a réussi à maintenir une distribution du pouvoir" au sein du chavisme, en gagnant "de l'autorité pour imposer sa candidature".
Dépourvu du charisme de Chavez, M. Maduro a tenté de l'imiter avec de longues apparitions quotidiennes à la télévision, un phrasé populaire et une rhétorique anti-impérialiste. Peu à peu, il est parvenu à construire sa propre image.
Se décrivant comme "président ouvrier", il conduit sa camionnette, se moque de son piètre niveau d'anglais, danse la salsa et le reggaeton et est omniprésent sur les réseaux sociaux.
Oublié le temps où il s'affichait comme modéré et fin négociateur comme ministre des Affaires étrangères et vice-président: place aux discours enflammés contre l'opposition et aux dénonciations de complots en tous genres.
Passionné de baseball, il était, adolescent, guitariste d'un groupe de rock.
Marié à l'ex-procureur Cilia Flores, avec qui il apparaît toujours, allant jusqu'à danser avec elle dans les meetings, il est le père de "Nicolasito", député de l'Assemblée constituante, fruit d'un premier mariage.