Libération

Le rap a 40 ans et ses parents sont toujours aussi fiers

09/02/2019

Quand ils ont eu la bonne idée d'enregistrer, il y a 40 ans, "Rapper's Delight", le premier succès rap de l'histoire, les membres du groupe Sugarhill Gang étaient loin de se douter qu'ils allaient propulser le hip-hop, mouvement éphémère local, au rang de culture planétaire.
"J'aurais jamais cru que ça prendrait de telles proportions. A l'époque, on nous décourageait de faire du hip-hop, personne ne respectait ça", explique à l'AFP Grandmaster Caz. Ce pionnier est l'un des co-auteurs de "Rapper's Delight", même s'il n'a jamais été officiellement crédité pour ses paroles.
 Sorti en 1979, ce tube est resté dans l'histoire de la culture comme le premier tube de rap, permettant au monde entier de découvrir un genre nouveau. Surtout, il a permis de graver dans le vinyle cette musique née dans les "block parties" du quartier new-yorkais du Bronx.
"Avoir enregistré en studio est la chose la plus intelligente qu'on pouvait faire pour le hip-hop", se remémore pour l'AFP Master Gee, l'un des trois rappeurs de Sugarhill Gang, interviewé au cours de l'inauguration d'un musée à Washington en janvier.
"Commercialement, on était les premiers. C'est comme si on avait marché sur la Lune", explique le rappeur, âgé aujourd'hui de 57 ans.
Le morceau s'est vendu à des millions d'exemplaires à travers le monde et a même eu l'honneur d'être introduit en 2011 à la très prestigieuse Bibliothèque du Congrès à Washington.
C'est à quelques minutes de là que s'est ouvert début 2019 un musée éphémère du hip-hop, où sont exposés plusieurs centaines de micros dédicacés, disques de platines, produits dérivés, posters...
La parfaite représentation de 40 ans d'histoire, dont les trois acolytes Hen Dogg (décédé depuis), Wonder Mike et Master Gee sont à l'origine.
Loin de lui, pourtant, l'idée de marquer la musique quand Master Gee se met derrière un micro à la fin des années 1970. "Je voulais juste avoir un rencard avec une fille!", rigole-t-il. "J'étais au lycée, je rappais à des fêtes de mon quartier. Je voulais juste me décrire pour m'assurer que les gens sachent qui j'étais."
A l'époque, le hip-hop est une culture balbutiante dont le rap est l'expression musicale et qui tourne autour de quatre éléments: la danse, le graffiti, le "MCing" (la manière de rapper) et le "DJing" (la maîtrise des platines).
Pour enregistrer "Rapper's Delight", Sugarhill Gang se permet de reprendre la célèbre ligne de basse de "Good Times", le tube du groupe de disco Chic, également utilisée en 1980 par Queen dans "Another One Bites the Dust".
"Avant de rapper, j'étais un D.J. et le disco était à la mode à l'époque. Il y avait le funk avec des artistes comme Parliament Funkadelic, Niles Rodgers... On prenait des éléments dans toutes les musiques autour de nous", détaille Master Gee.
A ses débuts, le rap est festif et aborde des thèmes légers, comme la fête, la drague et l'amour de cette musique, médium utilisé par une minorité noire et discriminée pour s'exprimer.
"C'était une libération, un nouveau moyen marrant de s'exprimer", rembobine Grandmaster Caz, qui, du haut de ses 57 ans, continue d'arborer avec fierté ses chaînes "bling-bling".
Au musée de Washington, Grandmaster Caz et le Sugarhill Gang se sont produits pour un concert "old school" avec un autre précurseur du genre: Melle Mel. Ce dernier faisait partie du groupe Grandmaster Flash and the Furious Five, qui en 1982 a sorti une autre pierre angulaire du rap: "The Message".
Ce morceau est le premier à avoir décrit avec réalisme la vie et la pauvreté dans les ghettos. Un style "conscient" qui a profondément marqué cette musique, souvent vue, notamment en France, comme le moyen d'expression des sans voix.
Et encore une fois, la révolution est arrivée par accident. "Je voulais juste faire quelque chose de différent, pour me débarquer des textes de base", se rappelle Melle Mel, également 57 ans.
"Il s'est avéré que c'était du rap +conscient+ mais je voulais juste changer de style".


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