Le paiement au rendement des saisonniers agricoles remis en cause en Australie

23/11/2021

Dans son verger planté de cerisiers chargés de fruits, l'arboriculteur australien Michael Cunial vante le paiement au rendement des travailleurs saisonniers. "C'est un système qui a du sens. Si vous vous retroussez les manches, vous pouvez être très bien payé. Si vous êtes fainéant, ce ne sera pas le cas". Cette année, grâce aux pluies abondantes et à la bonne santé des arbres, "on devrait avoir de très grosses cerises", se réjouit cet agriculteur qui cultive un verger de 50 hectares dans le sud-est du pays. Au moment de la cueillette début décembre, il embauche habituellement une cinquantaine de personnes. Et comme l'immense majorité des fermes horticoles australiennes, il paie ses saisonniers au rendement. Mais ce mode de paiement a été remis en cause récemment par la Fair Work Commission, l'instance prud'homale australienne. Saisie par l'une des principales formations syndicales du pays, l'Australian Workers Union (AWU), elle a estimé que les travailleurs agricoles saisonniers devaient percevoir le salaire minimum, soit 25,41 dollars australiens de l'heure (environ 16 euros). Selon elle, "les preuves apportées révèlent le sous-paiement significatif des travailleurs au rendement dans l'industrie horticole". Un jugement auquel s'opposent les principales fédérations d'agriculteurs qui ont jusqu'au 26 novembre pour faire appel. Selon une étude portant sur plus de 8.000 fermes horticoles, publiée par le médiateur du travail en 2018, 56% des exploitations sous-paient une partie de leurs employés. Car se retrousser les manches n'est pas toujours suffisant. Comme l'a constaté Victor, un jeune Français qui, comme tous ceux qui viennent en Australie avec un visa vacances travail, doit accomplir 88 jours de ferme pour rester une deuxième année. "J'ai travaillé dans les vignes, je devais enrouler les branches autour de fil de fer. On était payé 11 centimes net par branche enroulée. J'étais dans les 10% qui se donnaient le plus et pourtant je n'arrivais qu'à 9 dollars de l'heure, moins de la moitié du salaire minimum", témoigne-t-il. C'est la raison pour laquelle Cédric, qui en est à sa troisième année en Australie, a toujours "privilégié les fermes qui paient à l'heure plutôt qu'au rendement". A plein temps depuis trois ans sur la ferme de Michael, Rémy encadre les saisonniers pendant la récolte des cerises. "J'ai des mecs qui peuvent ramasser 60 barquettes, gagner 700 dollars australiens (ndlr: 450 euros) en une journée, et d'autres seulement 9 barquettes dans le même verger. L'écart tient à la motivation. Bien sûr il y a des fermes où même les bons ne gagnent pas d'argent, car il n'y a pas assez de fruits ou que la ferme est mal entretenue. Mais quand il y en a qui arrivent à faire de l'argent, tout le monde peut faire de l'argent". Michael Cunial est préoccupé par les changements à venir. "Si on bascule sur un paiement à l'heure, les saisonniers qui ne font pas tout de suite l'affaire, il faudra que je m'en sépare au bout d'à peine une demi-journée. Mais la période optimale de cueillette des cerises ne dure que trois à cinq jours. Si je ne peux pas très vite les remplacer, une partie de mes fruits pourrira sur pied...", déplore-t-il. Il vit d'autant plus mal cette décision qu'actuellement "nous avons beaucoup de mal à recruter". Les frontières de l'Australie, fermées depuis mars 2020 pour cause de pandémie, ne sont toujours pas rouvertes aux étrangers, et notamment aux jeunes en visa vacances travail. Ils étaient près de 120.000 en décembre 2019 mais seulement 39.000 en 2020. Pour attirer ces saisonniers devenus rares, Michael Cunial a relevé ses tarifs "de 5 à 10%" l'an dernier. Il envisage cette année d'y ajouter "une prime de fidélité, également de 5 à 10%, pour ceux qui resteront toute la saison". La filière manque malgré tout de bras, alors que l'Australie s'attend à avoir une production agricole record en valeur, toutes cultures confondues, de près de 73 milliards de dollars australiens (47 milliards d'euros) en 2021- 2022, en progression de 7%.


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