Le “non” de l’USFP au PLF judicieusement expliqué et argumenté par les députés ittihadis

Abderrahim Chahid : Le Groupe socialiste vote contre le PLF pour des considérations politiques, économiques et sociales

14/11/2021

Dans son intervention à l’occasion de la discussion du PLF 2022, le député Abderrahim Chahid, président du Groupe socialiste à la Chambre des représentants, a exprimé, de prime abord, la fierté dudit groupe des «positions patriotiques constantes de Sa Majesté le Roi» contenues dans le discours du Souverain à l’occasion de la commémoration de l’anniversaire de la glorieuse Marche Verte, dans le cadre de la «dynamique positive continue de la confirmation du processus politique visant à asseoir une solution définitive basée sur l’initiative d’autonomie à l’intérieur de la souveraineté marocaine».

A ce propos, il a mis l’accent sur la satisfaction du Groupe socialiste de la dernière résolution du Conseil de sécurité des Nations unies qui «renferme une franche réaction aux manœuvres des ennemis et un appel à toutes les parties, dont l’Algérie, à la nécessité de contribuer aux négociations politiques» en perspective.

D’autre part, pour le chef du Groupe socialiste, le PLF intervient pour notamment confirmer  la pertinence de «notre position quant au vote négatif contre le programme gouvernemental» du fait que le gouvernement n’a pas eu le courage d’exposer un budget à même de traduire les orientations de son programme et de se pencher sur les priorités de la population.

Le PLF, au-delà des attentes des citoyens et loin des aspirations des acteurs politiques, économiques et sociaux, a exaspéré les attentes de la société, a estimé Abderrahim Chahid, en soulignant que c’est là un projet «confus» politiquement, « titubant quant à la classification des priorités et qui manque d’esprit de réforme globale ».

Il s’interroge, à cet effet, comment un parti qui mène une majorité gouvernementale tout en ayant été un partenaire primordial dans l’exercice des deux gouvernements précédents puisse renier ses responsabilités et reconnaître que « les politiques gouvernementales, tout au long des dix années écoulées ont généré des échecs économiques et sociaux qui ont anéanti les acquis réalisés par le Maroc auparavant, constituant désormais une entrave au développement au lieu d’en être le moteur». Ce jugement nécessite de lier la responsabilité à la reddition des comptes, précise-t-il, particulièrement si l’on sait que la partie concernée était, durant l’étape passée, la gérante principale du secteur de l’économie et des finances et responsable de nombre de secteurs stratégiques dans l’économie nationale tels que l’agriculture, l’industrie, le commerce, le tourisme, entre autres.
Le PLF est un projet “confus” politiquement, titubant quant à la classification des priorités comme il manque d’esprit de réforme globale
Le chef du Groupe socialiste a, là-dessus, souligné que le gouvernement s’est contredit en critiquant les politiques publiques en cours alors que le texte du projet ne tarit pas d’expressions comme «le gouvernement poursuivra… », le gouvernement s’emploiera à poursuivre … », «accélération de l’activation des projets», et d’autres.

Il a noté, à cet égard, une contradiction identique entre le programme gouvernemental et le PLF. Ainsi, développe-t-il, il s’agit d’un programme qui prétend l’innovation et l’activation de politiques sectorielles ambitieuses (agriculture, pêche, industrie, énergie …), face à un projet basé sur la «rumination» et la poursuite des ébauches du gouvernement précédent.

«Pire encore, a souligné le député usfpéiste, en l’espace de deux jours, nous avons entendu la ministre de l’Economie et des Finances s’entretenir, à la Chambre des représentants, de l’activation de politiques sectorielles ambitieuses, dont l’agriculture et apprendre de la part du ministre de l’Agriculture, à la Chambre des conseillers qu’il assurait vouloir poursuivre la politique du gouvernement précédent».

«Ces discours contradictoires, reflètent-ils l’homogénéité de l’équipe gouvernementale ?», s’interroge-t-il.
Abderrahim Chahid relève que le gouvernement critique tantôt les échecs économiques et sociaux de la période passée et affirme, tantôt, que l’économie marocaine a marqué un progrès positif au cours des deux décennies écoulées, comme contenu à la page 26 du document du «rapport économique et financier».

Par ailleurs, en rappelant que le gouvernement avait déclaré qu’il avait mis en place une architecture gouvernementale répondant aux critères de convergion et d’efficience quant au traitement des chantiers et des priorités », il a relevé qu’à l’opposé, il s’est défait des acquis du gouvernement « réduit » et s’est repris dans l’époque des « compensations » en consacrant l’inflation de la structure gouvernementale par la dispersion de secteurs stratégiques logiquement homogènes. Ce qui reflète le degré alarmant de la domination politique.

A ce propos, le président du Groupe socialiste a fait observer que même en matière d’évaluation des politiques publiques, juridiquement du domaine de la compétence parlementaire, le gouvernement a assigné cette attribution à l’un de ses départements, à seule fin de couper court aux parties compétentes, à savoir le Parlement et le Haut-commissariat au plan.

Sur le plan de la forme, Abderrahim Chahid a relevé que le gouvernement ne s’est pas conformé au troisième article de la loi organique disposant de présenter des mesures financières pour uniquement une année mais a recouru à une programmation couvrant l’exercice de deux années (2022 et 2023) afin d’accentuer le volet quantitatif. Or, à la suite d’une mise au point de la part du Groupe socialiste, il a été astreint à rectifier son exposé en précisant qu’en matière d’emplois, il s’agissait de 125.000 chances d’embauche en 2022 au lieu de 250.000 avancées précédemment.

D’autre part, le président du Groupe socialiste a indiqué que les partis de la majorité gouvernementale, à travers leurs programmes électoraux ont fait miroiter de nombreuses promesses florissantes et de chiffres « rêveurs », inspirant l’espérance chez les citoyens les incitant à la participation aux élections mais tout cela s’est aussitôt estompé. Car en fait, où sont les promesses d’intégration des contractuels ? Qu’en est-il de la carte sanitaire de la gratuité des soins et médicaments ? Quid du soutien financier direct fixé à 2500 dh/mois ? s’interroge-t-il.

En fait, le programme gouvernemental a renié les promesses des programmes électoraux et voilà que le PLF, quant à lui, renie les engagements annoncés dans le programme gouvernemental.

Ainsi toutes ces promesses chiffrées, contenues dans ledit projet, concernent tant le taux de croissance, les montants du soutien social que les opportunités d’emploi et l’augmentation des réserves sociales ainsi que d’autres, a martelé le député ittihadi en prévenant le gouvernement des répercussions néfastes des suites de son non acquittement des engagements ayant miroité les espérances dans les milieux de la population.

Abderrahim Chahid pointe, en outre, la responsabilité directe du gouvernement quant à la hausse des prix, survenue ces derniers temps alors que la préservation du pouvoir d’achat des citoyens, particulièrement des catégories sociales vulnérables et de la classe moyenne, est l’une des missions fondamentales de l’exécutif.

A ce propos, il indique que le PLF suggère un taux de croissance bien en deçà de ce qui pourrait favoriser la création des possibilités d’emploi promises par le gouvernement dans la rubrique dite « Incitation de l’économie nationale pour l’emploi ».

Par ailleurs, c’est un projet qui édicte des mesures fiscales impactant les salariés et affaiblissant la classe moyenne contrairement à l’engagement du programme gouvernemental  à élargir la base de cette classe et à soutenir son pouvoir d’achat et d’épargne.

Pour le député socialiste, c’est un projet incapable d’élever les budgets sociaux, se contentant de quelques augmentations insignifiantes des budgets sectoriels ne pouvant fournir les ressources humaines et matérielles à même d’instaurer l’équité éducative et sanitaire et l’activation la plus efficiente du prodigieux projet de la protection sociale généralisée. C’est aussi un projet qui ne tient pas compte des aléas pouvant compromettre la structure des finances publiques au niveau de la maîtrise du déficit du budget et de celui de la balance commerciale mais induire une faiblesse des rendements des gros efforts d’investissements consentis par l’Etat.
Les Groupes et groupement de l’opposition ont présenté 73 amendements rejetés dans leur quasi-totalité…
Abderrahim Chahid relève également que le projet manque d’indices dévaluation des politiques publiques et de taux précis d’avancement de la réalisation des projets et programmes à l’horizon de la fin de l’an 2022, se dérobant totalement de l’engagement à consacrer la bonne gouvernance quant à la gestion publique et à la recommandation de consolider le NMD par l’institutionnalisation des mécanismes de suivi et d’évaluation des politiques publiques et des réformes.

Là-dessus, c’est un projet qui ne renferme pas de mesures à même de répondre aux réelles problématiques du système de recouvrement des impôts nationaux et locaux et, de ce fait, il «gaspille» le temps politique en reportant la réforme nécessaire à des délais indéterminés.

«Devant cette situation inadéquate consacrée par la domination de la majorité parlementaire, nous avons décidé, en tant qu’opposition (Groupe socialiste, Groupe haraki, Groupe du progrès et socialisme et groupement parlementaire du PJD) de coordonner notre action afin de présenter une réaction collective pour la défense des acquis de l’institution du Parlement dans sa dimension législative et de contrôle, du pluralisme politique, de la protection des droits de l’opposition et de la préservation de l’équilibre au sein de l’institution parlementaire. Nous avons ainsi présenté des amendements conjoints au PLF dont le nombre a atteint 73 qui concernent les dispositions du projet de même que de nouvelles propositions visant à remédier aux disfonctionnements, à préserver les acquis sociaux et à faire face aux enjeux qui se dressent devant notre pays », a déclaré le président du Groupe socialiste qui a passé, ensuite, à cet effet, en revue les dix engagements formulés dans le programme gouvernemental, annonçant leur examen à la lumière du PLF.

1- Le programme gouvernemental évoque un taux de croissance de 4% pour les cinq prochaines années, or le premier projet des finances met en perspective seulement 3,2%.

2- En liaison avec le taux de croissance, il est  question de créer un million de postes de travail, du moins au cours des cinq prochaines années, or en procédant à un simple calcul arithmétique, on est en présence de seulement 200 mille postes au terme de l’an 2022.
En se référant au PLF, le gouvernement évoque la création de 26.860 postes budgétaires au titre du budget général, or l’on ne dépassera guère 100 ou 120 mille dans le meilleur des cas, compte tenu des composantes du contexte national …
 
3- Le taux de 30% de l’activité des femmes viendrait supplanter les 20% actuels. Aucune trace palpable dans le PLF.

4- L’activation du projet de la protection sociale, projet Royal dont les contours et l’agenda de sa mise en œuvre ont été fixés par Sa Majesté le Roi, dépendra de l’établissement d’un fichier social unifié. De même que la deuxième étape de la généralisation de l’assurance-maladie obligatoire dépend de la capacité du système sanitaire national à prendre en charge tous les nouveaux bénéficiaires.

5- Il est question de délivrer les ménages de la pauvreté et la vulnérabilité alors que le fichier social unifié n’a pas encore connu le jour.

6- La classe moyenne, son homogénéité et sa préservation ont été abordées à travers les slogans sociaux, constituant les plus importants axes du programme gouvernemental, or les mesures fiscales se révèlent, dans ce sens, totalement contre-productives voire nuisibles.
D’ailleurs les composantes de l’opposition ont tenté de rattraper la négligence manifeste  du gouvernement quant à l’importance de cette classe  mais se sont retrouvées confrontées à un refus méthodique injustifié (…) rejetant systématiquement une longue série d’amendements visant à remédier à tant d’aberrations.

En effet, précise le député socialiste, la majorité parlementaire a rejeté 69 amendements présentés par les groupes et groupement de l’opposition, se rapportant dans leur ensemble au bien-être des catégories sociales moyennes ou vulnérables.

7- La volonté affichée de réduire les disparités sociales et territoriales à 39% au lieu de 46,6%, selon l’indice GINI ne se base sur aucune forme de mesure à même de saisir la nature des interventions gouvernementales…

8- La mobilisation du système éducatif en perspective d’aboutir au 60ème rang des pays classifiés à l’échelon mondial, s’appuie sur une démarche qui semble, dès le départ, titubante et indécise du fait des tensions occasionnées par la non tenue de certaines promesses électorales (cas des enseignants contractuels) ;

9- La vision de l’enseignement élémentaire est confinée dans l’attention accordée aux espaces, à l’équipement et aux nouvelles techniques, ce qui pourrait être louable si les ressources humaines étaient suffisamment disponibles, or dans l’état actuel des choses, on enregistre un manque flagrant de cadres d’enseignement aux niveaux primaire et collégien, alors qu’en sera-t-il pour l’enseignement élémentaire ?

10- Nonobstant la réduction du caractère officiel de l’amazighité à créer un fonds spécial qui lui serait dédié, le PLF 2022 n’y fait aucune allusion. Même un amendement présenté par les groupes de la majorité a été rejeté.

Tels sont des exemples, entre tant d’autres, fait observer Abderrahim Chahid, qui dénotent de la contradiction criante entre les slogans et la pratique, entre les annonces et les actes …
Et de conclure que le Groupe socialiste considère que le projet soumis au Parlement est :

- un projet timide qui ne parvient pas à  atteindre le niveau de développement escompté du pays car il a raté la classification des priorités et introductions essentielles vers l’élan économique global.
- un projet qui se situe en dehors de la conjoncture politique et manque d’audace et de créativité car non basé sur la dimension réformatrice fondatrice.
- un projet de limites et de rumination car consacrant une continuité « naïve » de plusieurs politiques sectorielles de même qu’il n’a pas le recul pour produire les ruptures nécessaires :
- un projet conservateur car fondé sur des mécanismes semblables aux précédents.

«Pour toutes ces considérations, affirme Abderrahim Chahid, le Groupe socialiste vote contre le PLF 2022 et prévient le gouvernement qu’il s’est éloigné de la mise en œuvre de fondements solides en vue de l’activation efficiente du NMD, qu’il a opté pour des politiques contraires à l’ambition d’un Etat social et qu’il demeure tenu de combler les failles de sa politique conservatrice avant qu’il ne soit trop tard ».

Rachid Meftah


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