Libération
Le goût trop amer de la fraise espagnole : Maltraitance, harcèlement et viols, le triste lot des saisonnières marocaines

Groupe socialiste : Il aurait été approprié de les accompagner pour prévenir tout abus

07/06/2018 T. Mourad

Le Groupe socialiste à la Chambre des représentants a interpellé le gouvernement au sujet des saisonnières marocaines qui travaillent dans des conditions difficiles dans les exploitations agricoles du Sud de l’Espagne.
La députée ittihadie, Ibtissam Merras, a ainsi affirmé que ces femmes sont victimes d’abus sexuels qui ont été relayés par la presse et attestés par des rapports d’ONG, soulignant que les autorités espagnoles ont diligenté une enquête sur cette affaire.
Intervenant lors de la séance des questions orales tenue au début de cette semaine, elle a également mis en avant le fait que qu’il ne faut se contenter d’enquêter sur les abus sexuels dont ces femmes marocaines ont été l’objet, mais le faire aussi à propos des conditions pénibles de travail de ces saisonnières.
Elle s’est dite, en outre, surprise de voir le ministère de tutelle accepter des conditions aussi déplorables. «Des cadres marocains étaient censés accompagner ces Marocaines pour les protéger contre tous les abus  et envoyer des rapports périodiques sur leurs conditions de résidence et de travail dans les exploitations agricoles espagnoles », a conclu la députée socialiste.
A noter que les champs de Huelva ont accueilli, cette année, 17.000 saisonnières  pour la collecte des fruits. Un chiffre qui est le double de celui de l'année précédente. Des femmes qui sont vulnérables et généralement sans mari et avec des enfants à charge.
L’affaire des abus sexuels et de viol commis sur elles par les superviseurs de la cueillette des fraises en Espagne a été mise au grand jour pour la première fois en avril dernier par la version allemande du site Buzzefeed News.
Récemment, des saisonnières marocaines ont porté plainte, dont trois pour harcèlement sexuel et une pour tentative de viol, a affirmé l’AFP à ce propos en citant des sources des autorités espagnoles et l’avocate des plaignantes.
« Dix portent plainte pour dénoncer leurs conditions de travail, dont trois dénoncent en plus une situation de harcèlement sexuel au travail et une autre, une tentative de viol », a dit l'avocate espagnole Belen Lujan, qui représente ces saisonnières travaillant près de la ville andalouse de Huelva.
«Cinq ont porté plainte auprès de la Garde civile et cinq doivent faire une déclaration au tribunal», a détaillé Me Lujan, assurant que beaucoup d'autres Marocaines voudraient porter plainte mais «ont peur de le faire» ou sont reparties au Maroc.
Un porte-parole de la Garde civile à Huelva a confirmé le dépôt des cinq plaintes: «une liée aux conditions de travail, trois pour avances sexuelles, une pour abus sexuel, dans la même entreprise ». Un homme de nationalité espagnole a été inculpé pour l'abus sexuel dénoncé, a-t-il précisé.
Selon le secrétaire général du Syndicat andalou des travailleurs et travailleuses (SAT), Oscar Reina, les plaintes visent une entreprise de la commune d'Almonte ayant employé temporairement « 500 femmes marocaines et roumaines ».
« L’exploitation et l’esclavage moderne existent parfois. C’est une honte », a dénoncé le député du parti de gauche Podemos, Diego Cañamero dans une déclaration citée par le journal « La Jornada ». Il a par ailleurs affirmé que les contrats signés au Maroc stipule que ces femmes « perçoivent 40 euros, mais elles ne recevaient que 36 euros par jour » et prévoit également qu’elles travaillent quotidiennement « 6 heures et demie avec un jour de repos par semaine, mais on ne les a pas rétribuées pour les heures supplémentaires ».
Après le dépôt de cette plainte à la Garde civile, le Syndicat andalou des travailleurs et travailleuses (SAT) a dénoncé le fait que des centaines de femmes qui travaillent dans l’entreprise Doñaña1998 à Almonte ont été contraintes de retourner dans leur pays d’origine avant la fin de leur contrat de travail. Et ce pour éviter qu’elles ne  confirment les accusations exposées dans la plainte déposée devant l’inspection du travail.
Ce syndicat a dénoncé devant la justice le fait que ces femmes sont retenues contre leur gré, mais le conseiller juridique de l’entreprise en question a nié les faits en alléguant que le contrat de travail de ces femmes a expiré et qu’il était temps qu’elles retournent au Maroc.

 


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