Libération
Le briefing de Köhler l’envoyé personnel du secrétaire général de l’ONU pour le Sahara rend compte au Conseil de sécurité de sa tournée dans la région

08/08/2018 M.T

L’envoyé personnel du Secrétaire général de l’ONU pour le Sahara, Horst Köhler, fera aujourd’hui un briefing au Conseil de sécurité sur sa dernière tournée dans la région.
L’ancien président allemand devrait informer le Conseil de "ses récentes activités" menées dans le cadre du processus onusien. La réunion se tiendra à huis clos.
Il s’agit du deuxième briefing de Horst Köhler depuis sa nomination. Il intervient moins de deux mois après sa tournée dans la région où  il a eu des discussions avec les représentants du Maroc, du Polisario, de l’Algérie et de la Mauritanie.
« C’est Horst Köhler qui a demandé de faire un briefing au Conseil de sécurité sur sa dernière tournée dans la région. On se rappelle que la résolution 2414 adoptée en avril dernier a prolongé le mandat de la MINURSO pour six mois. Ce délai met la  pression sur Horst Köhler plus que sur le Maroc ou toute autre partie. L’envoyé personnel est astucieux et expérimenté et il veut mettre la balle dans le camp du Conseil de sécurité », nous a affirmé Moussaoui Ajlaoui, expert associé au Centre d'études pour l'Afrique et le Moyen-Orient (AMES Center). Et de préciser : «Au lieu de subir la pression, il fait lui-même pression sur le Conseil de sécurité ».
Ce chercheur spécialisé dans les affaires africaines a estimé, par ailleurs, que les Etats-Unis sont, probablement, en train de préparer un plan visant à mettre fin aux problèmes et conflits en Afrique et notamment en Afrique du Nord. « C’est dans ce contexte qu’il faut mettre en lumière le rôle important du Soudan dans la crise entre les parties en conflit au Soudan du Sud, rôle en contrepartie duquel le Soudan pourrait bénéficier de la levée des sanctions imposées par les Etats-Unis. Idem pour la réconciliation entre  l'Ethiopie et l'Erythrée et également la position fort claire des Etats-Unis à propos de la question du Sahara depuis la nomination de Nikki Haley au poste de représentante permanente auprès des Nations unies», a soutenu Moussaoui El Ajlaoui. « Je crois que la tendance actuelle de l’administration américaine, en concertation avec les autres membres permanents au Conseil de sécurité notamment la France, c’est la recherche d’une nouvelle approche qui bannirait toute  création d’un nouvel Etat et qui prendrait le plan d’autonomie proposé par le Maroc comme base d’une nouvelle solution », a-t-il mis en exergue. Et d’ajouter : « Il faut chercher une solution qui garantirait la stabilité dans la région. Et cette stabilité ne pourra jamais passer par la création d’un nouvel Etat. Et l’expérience du Soudan du Sud nous apprend qu’il est extrêmement difficile de créer de nouvelles entités dans la région du Sahara et du Sahel, car cela alimentera dangereusement l’instabilité dans la région».
Il convient de préciser qu’au cours de son premier briefing tenu en mars dernier, l’ancien président  allemand avait défini avec clarté son mandat en tant qu’envoyé personnel du  Secrétaire général de l’ONU qui consiste à "trouver une voie pour l’avenir». Ce qui a transparu à travers la résolution 2414 adoptée le 27 avril 2018 par le Conseil de sécurité.
«Demandant à nouveau aux parties et aux Etats voisins de coopérer plus intensément avec l’Organisation des Nations unies et les uns avec les autres et de s’impliquer plus résolument pour progresser sur la voie d’une solution politique» et «considérant que la solution politique de ce différend de longue date et le renforcement de la coopération entre les Etats membres de l’Union du Maghreb arabe contribueraient à la stabilité et à la sécurité dans la région du Sahel, ce qui créerait des emplois et favoriserait la croissance ainsi que des possibilités pour tous les habitants de la région», cette résolution a pris note «de la proposition marocaine présentée au Secrétaire général le 11 avril 2007» en «se félicitant des efforts sérieux et crédibles faits par le Maroc pour aller de l’avant vers un règlement» et en «demandant à nouveau que l’enregistrement des réfugiés dans les camps de Tindouf soit envisagé».
Commentant cette résolution, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Nasser Bourita, avait précisé que celle-ci est venue apporter des précisions, rétablir les vérités et souligner la démarche privilégiée par la communauté internationale pour résoudre ce différend régional.
Les éclaircissements du Conseil de sécurité ont porté particulièrement sur trois points essentiels, avait-il ajouté dans une déclaration relayée par l’agence MAP que nous avions publiée en temps opportun.
Le premier de ces points est relatif au statut historique et juridique à l'Est du dispositif de défense et aux agissements du Polisario.  
A ce propos, le Conseil de sécurité a «exprimé sa préoccupation au sujet de la présence du Polisario dans la zone tampon de Guerguarat en l’appelant à se retirer immédiatement», alors que dans le cas de Bir Lahlou, il a «exprimé sa préoccupation au sujet de l’annonce par le Polisario de transférer des structures administratives à Bir Lahlou en l’appelant à s’abstenir de mener de telles actions déstabilisatrices».  
En ce qui concerne le deuxième point,  l'organe exécutif de l'ONU a défini la finalité du processus politique, identifié les acteurs et confirmé le leadership onusien.  
Dans sa résolution, le Conseil de sécurité a, en effet, précisé que la finalité du processus politique, mené sous l’égide exclusive des Nations unies, est de «parvenir à une solution politique réaliste, réalisable et durable basée sur le compromis » et préconisé que «le réalisme et l’esprit de compromis sont essentiels pour progresser vers la solution politique».
Il a, en substance demandé expressément aux pays voisins, et donc à l’Algérie, «d’apporter une contribution importante au processus et de s’engager plus fortement pour progresser vers la solution politique ».  
S'agissant du troisième point à relever dans les éclaircissements apportés par cette résolution onusienne sur le Sahara marocain, Nasser Bourita avait affirmé que l’Algérie est triplement interpellée par le Conseil de sécurité.  
Au niveau du processus politique, le Conseil a exhorté les pays voisins et donc l’Algérie à faire montre d’«une importante contribution au processus politique et à accentuer son engagement dans le processus», à la hauteur de ses responsabilités dans la genèse et le maintien du différend régional sur le Sahara marocain, a-t-il expliqué, ajoutant qu'il s’agit d’une reconnaissance par le Conseil de sécurité du rôle politique, médiatique, militaire, et humanitaire de l’Algérie dans la question du Sahara marocain.  
Côté humanitaire, la résolution du Conseil de sécurité a réitéré sa demande à l’Algérie d’honorer ses obligations internationales à l’égard des populations des camps de Tindouf, en lui «demandant à nouveau que l’enregistrement des réfugiés dans les camps de Tindouf soit envisagé, et soulignant qu’il convient de déployer des efforts à cet égard».
Sur le plan de la stabilité régionale, le Conseil a placé le différend sur le Sahara marocain dans son contexte régional, en reconnaissant qu’une solution politique à ce différend permettra le renforcement de la coopération entre les pays du Maghreb et contribuera à la stabilité et la sécurité de la région sahélienne, avait conclu le chef de la diplomatie marocaine.


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