Le Parlement européen se fend d’ une résolution partiale, viciée et sans effet

Comment ose-t-on escamoter le passif particulièrement lourd de l’Espagne concernant la protection des mineurs ?

11/06/2021

Les eurodéputés prennent position en faveur de l’Espagne dans sa crise diplomatique avec le Maroc. En effet, ils viennent d’adopter une résolution accusant Rabat d’utiliser «la migration comme arme politique et déplorent en particulier la participation d’enfants et de mineurs non accompagnés ou encore de familles dans le passage massif de la frontière entre le Maroc et la ville de Sebta, mettant en péril leur vie ». Initiée par les conservateurs du PPE (dont fait partie le PP de Casado), les gauchistes du Left Group (dont fait partie Podemos), les sociaux-démocrates de S&D, les conservateurs et réformistes de l’ECR Group et les centristes du Renew Group (englobant Ciudadanos et la République En Marche), cette résolution du Parlement européen sur « la violation de la convention des Nations unies relative aux droits de l’enfant et l’instrumentalisation des mineurs par les autorités marocaines dans la crise migratoire à Sebta » a été approuvée jeudi dernier par 397 voix pour, 85 contre et 196 abstentions.

Pour Said Machk, enseignant chercheur à l’Université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, il s’agit bien d’une «décision partielle, viciée et sans effet juridique ». Selon lui, le timing, les initiateurs du projet de résolution et le fond de la décision du Parlement européen révèlent une partie prise de la part des eurodéputés. «Il est vrai que d’un point de vue purement juridique, cette décision n’a rien de contraignant et n’a aucune conséquence juridique. Il est vrai également que le ton usité n’a pas été si fort à l’exception de certains paragraphes comme celui où l’on utilise le verbe « rejeter » pour désapprouver le recours par le Maroc à des contrôles aux frontières, notamment des mineurs non accompagnés, comme moyen de pression politique sur un État membre de l’Union, mais, il faut souligner, cependant, que la décision adoptée a été partielle et qu’elle a pris le parti de l’Espagne. En effet, ladite résolution a été prise non pas pour alerter sur la situation des mineurs non accompagnés (MNE) ou pour imposer une protection pour ces enfants, mais pour conforter la position espagnole dans son conflit diplomatique avec le Maroc », nous a-t-il expliqué. Et d’ajouter : « Le passé de l’Espagne en matière de protection des MNE est sombre comme en attestent les diverses recommandations et décisions prises à l’encontre de l’Espagne soit par les ONG internationales ou par les instances onusiennes (Commission onusienne de protection des enfants) en matière de mauvais traitement des MNE dans les centres d’accueil ou de refoulement de ces enfants sans respect des procédures et lois en vigueur ».

Pour notre interlocuteur, les eurodéputés se sont pressés de s’ingérer dans une crise bilatérale entre le Maroc et l’Espagne sur fond d’accueil de Brahim Ghali, chef du Polisario dans l’un des hôpitaux espagnols. « Madrid a réussi à transformer cette crise bilatérale en affaire européenne, alors qu’elle a manœuvré dans les coulisses et conspiré contre les intérêts du Maroc », nous a-t-il précisé. Et de poursuivre : « Ceci d’autant plus que les décisions européennes en relation avec le dossier de la migration sont souvent des projets de recommandations ou de décisions qui cherchent à imposer la politique du fait accompli et aujourd’hui, l’UE tente d’exploiter cette crise politique à caractère bilatéral pour renforcer sa position et exercer davantage de pression sur Rabat pour conclure un accord de réadmission que Rabat a toujours décliné parce qu’il refuse de jouer le rôle de gendarme de l’Europe. En effet, la gestion migratoire de l’UE a toujours été conçue sur une approche purement sécuritaire basée sur le contrôle et la répression et non pas sur une approche des droits de l’Homme ». Said Machk estime, en outre, que le vote de ladite résolution ne doit pas dissimuler le fait que plusieurs parlementaires européens ont voté contre ou qui se sont abstenus. «Un parlementaire français a eu le courge de rappeler les efforts de gestion et de coopération déployés par le Maroc en matière de migration et ce genre de témoignage confirme le rôle et l’importance de notre pays dans le dossier migratoire », at-il conclu.

Pour sa part, le département de Nasser Bourita considère que la résolution adoptée, jeudi 10 juin, ne change rien en la nature politique de la crise bilatérale entre le Maroc et l’Espagne. Pis, il estime que l’instrumentalisation du Parlement européen de cette crise est contre-productive et que loin de contribuer à la solution, elle s’inscrit dans une logique de surenchère politique à courte vue. « Cette manœuvre, qui vise à contourner le débat sur les raisons profondes de la crise, ne trompe personne », précise un communiqué du ministère des Affaires étrangères. Et de rappeler : « En effet, nul en Europe ne peut mettre en cause la qualité du partenariat entre l’Union européenne et le Maroc dans tous les domaines, y compris migratoire. Les chiffres sont là pour le confirmer (rien que depuis 2017, la coopération migratoire a permis l’avortement de plus de 14.000 tentatives de migration irrégulière, le démantèlement de 5.000 réseaux de trafic, le sauvetage de plus de 80.500 migrants en mer et l’empêchement d’innombrables tentatives d’assaut) »

Sur un autre registre, le communiqué du ministère des Affaires étrangères a indiqué que le Maroc n’a pas besoin de caution dans sa gestion de la migration et que la posture du professeur et de l’élève ne fonctionne plus. « Le paternalisme est une impasse. Ce n’est pas la punition ou la récompense qui induit des comportements, mais la conviction d’une responsabilité partagée », a souligné le communiqué. Et de conclure : « La résolution du Parlement européen est, par ailleurs, contraire à l’esprit du partenariat entre le Royaume du Maroc et l’Union européenne. En tentant de stigmatiser le Maroc, c’est en réalité le principe même de partenariat qu’elle fragilise. Elle démontre, à l’échelle du voisinage sud de l’UE, que même les constructions les plus anciennes et les plus abouties peuvent faire l’objet d’actions inopportunes et opportunistes au Parlement européen».

Hassan Bentaleb


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