Libération
Le Hirak coûte entre un et vingt ans de taule en première instance : L’approche judiciaire a pris le dessus sur l’approche politique

28/06/2018 Hassan Bentaleb

«L’approche judiciaire a atteint ses limites. Il faut donc recourir à l’approche politique longtemps défendue par la société civile,  pour trouver une solution au Hirak du Rif ». C’est ainsi que Boubker Largo, président de l’Organisation marocaine des droits de l'Homme (OMDH) a commenté les  peines de prison prononcées avant-hier contre les leaders du Hirak à l’issue d’un procès-fleuve de neuf mois.  La Chambre criminelle de la Cour d'appel de Casablanca a, en effet, condamné Nasser Zefzafi et trois autres leaders de la contestation au Rif, Nabil Ahmjiq, Ouassim Boustati et Samir Ighid à 20 ans de prison ferme. Pour leur part, Mohamed Haki, Zakaria Adehchour et Mahmoud Bouhenoud ont été condamnés à 15 ans de prison et sept autres personnes à 10 ans de prison. La peine la moins lourde se limite à un an de prison, couvrant la détention préventive, et 5.000 dirhams d’amende.  
D’après le président de l’OMDH qui n’a pas trouvé opportun d’en dire plus puisqu’un communiqué devait être  publié incessamment, il s’agit de condamnations  sèvères et la justice a poussé le bouchon un peu loin. « Il est vrai qu’il ne s’agit pas de jugement définitif mais l’approche judiciaire ne permet pas d’apporter une bonne solution à ce problème qui a trop duré ».  Même son de cloche de la part d’Aziz Idamine, acteur associatif et défenseur des droits de l’Homme, qui estime que les peines prononcées mardi témoignent d’un vrai paradoxe puisqu’elles ont condamné « des citoyens marocains qui sont descendus dans la rue pour exprimer pacifiquement des revendications légitimes ».
Leurs demandes et modes d’action ont été d’ailleurs loués par le gouvernement, le Parlement, les partis politiques et la société civile. « Tout le monde a approuvé l’aspect pacifique des protestations et le caractère légitime des demandes exprimées et, du coup, il est légitime de se poser des questions sur la rationalité des peines prononcées», nous a-t-il indiqué. Et de poursuivre : « Ceci d’autant plus que ces jugements interviennent dans un contexte particulier   où l’ensemble des composantes de la société attend le lancement éventuel d’initiatives à même de permettre la réconciliation et l’élaboration d’un nouveau projet de société basé sur l’équité et la volonté de panser  les blessures du passé. Malheureusement, nous avons le sentiment d’un retour vers les années de plomb. En fait on est passé des enlèvements, de la torture et  des disparitions forcées à  la répression de la liberté d’expression et  de manifestation pour réclamer le droit à la santé, à l’éducation et à une vie digne ».
Notre source pense, en outre, que le recours à la Cour d’appel  ne va pas changer grand-chose et que la seule solution reste la grâce Royale. «  Faut-il avoir encore confiance en la justice après le jugement de mardi dernier ? Si oui, combien de temps faudra-t-il attendre pour que l’appel interjeté arrive à terme? », s’est demandé Aziz Idamine. Et de conclure : « L’Etat a voulu démontrer, via ce jugement  l’étendue de son pouvoir et de sa capacité de frappe dans un contexte social et politique où les règles démocratiques sont floues.  Les dernières protestations sociales déclenchées dans certaines villes marocaines et la campagne de boycott menée depuis plus d’un mois contre certains produits de consommation ont poussé l’Etat à revoir son approche et sa conception dans la gestion du dossier des libertés publiques et la liberté d’expression. On a l’impression qu’on va vers davantage  de contrôle et d’hégémonie de l’Etat».

Les peines prononcées
-Nasser Zefzafi, Nabil Ahamjik, Ouassim Boustati et Samir Ighid condamnés à 20 ans de réclusion ferme.
-Mohammed Haki, Zakaria Adehchour, Mohamed Bouhenouch, 15 ans de prison ferme.
-Mohamed Jelloul, Karim Amghar, Salah Lachkham, Omar Bouharass, Achraf Yakhloufi, Bilal Ahabbad et Jamal Bouhaddou, 10 ans de prison ferme.
-Mohamed El Majjaoui, Chakir Makhrout, Rabii Ablak, Ilyass Hajji, Souleimane Fahili, Mohamed Asrihi, Lahbib Hannoudi, Abdelali Houd, Ibrahim Abakoui et Houcine El Idrissi  condamnés pour leur part à 5 ans de prison ferme et une amende de 2000DH.
-Ibrahim Bouziane, Othmane Bouziane, Youssef Hamdioui, Mohammed Enaimi, Mohamed El Hadi, 3 ans d'emprisonnement.
-Rachid Aamarouch, Abdellatif El Mousaoui, Youssef Fadel, Jawad Sabiri, Abdelmouhcine Atari, Jamal Mouna, Abdelaziz Khali, Achraf Hakimi et Boulehjoul ont écopé de 2 ans de prison ferme et 2.000 DH d'amende. Zakaria Kadouri, 1 an de prison ferme et une amende de 5000 DH.
Et Abdelmounim Assertihou a écopé  d'une amende de 2.000 dh.

 


Commentaires (1)
1. Hassan le 28/06/2018 16:43
On est en 2018 !!! Pas en 1630 !
Rappelons-le : dans l'acception du dictionnaire, on est intolérant quand on combat des idées contraires aux siennes par la force, et par des pressions, au lieu de se borner à des arguments. La tolérance n'est point l'indifférence, elle n'est point de s'abstenir d'exprimer sa pensée pour éviter de contredire autrui, elle est le scrupule moral qui se refuse à l'usage de toute autre arme que l'expression de la pensée.”
Jean-François Revel
Je ne suis pas d'accord avec ce que vous dites, mais je me battrai pour que vous ayez le droit de le dire.”
Voltaire
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