Libération
L’ONSSA se bouge pour un Aïd new look

Rien n’est moins sûr

09/08/2018 Chady Chaabi

A l’approche de l’Aïd El Adha, l'Office national de sécurité sanitaire des produits alimentaires (ONSSA) a annoncé avoir opéré une série de mesures afin de rassurer le consommateur, qui craint un nouveau scandale des viandes ovines putréfiées comme celui de l'an dernier. Si ces mesures ont été qualifiées de draconiennes par l’ONSSA, elles ne sont pas moins sujettes à question.

Enregistrement et contrôle des ovins   
Le coupable à l’origine du scandale du verdissement des carcasses a été enfin démasqué. Suite à une enquête interminable et à rebondissements, il s’agirait d’éleveurs véreux qui nourrissaient ovins et caprins avec les fientes et fumiers de volailles. Soit des substances non autorisées. En conséquence, l’ONSSA a précisé avoir mis l’accent sur l’identification et l’enregistrement du cheptel destiné à l’abattage dans toutes les régions, en effectuant des actions de contrôle au niveau des différents points de vente et d’élevage. Contrôles qui se sont principalement focalisés sur la surveillance des résidus et la qualité sanitaire des aliments pour animaux.
Néanmoins, il existe quelques doutes quant à la capacité de l’ONSSA de quadriller et contrôler les quelque 800.000 éleveurs pratiquant l’élevage ovin pour un cheptel global de 19 millions de têtes. Pour réduire cette part d’incertitude, l’office garant de la sécurité alimentaire et sanitaire dans le Royaume n’est pas resté les bras croisés. En effet, il a élaboré un plan d’action dont la réussite dépend de l’implication du consommateur.

Boucle jaune et numéro de série
En effet, l’ONSSA demande au consommateur d’être un acteur majeur et responsable au moment de choisir le cheptel. Et ce en s’assurant que ce dernier est pourvu d’une boucle jaune, baptisée Aïd Al Adha et d’un numéro de série composé de sept chiffres. Deux indispensables conditions censées aider à identifier la propriété des animaux et leurs éleveurs, et à assurer la traçabilité de leur parcours depuis l’élevage jusqu’au point de vente. Ainsi, en cas d’anomalie post-abattage, le consommateur, muni de la boucle et du numéro de série, pourra déposer une réclamation au service vétérinaire le plus proche. En outre, un numéro d’appel est mis à la disposition du consommateur (+0801003637+) pour les besoins d’information ou de réclamation.
En creux, ce dispositif suscite quelques questionnements. Tout d’abord, en ce qui concerne les boucles et numéros d’identification, l’ONSSA n’a pas communiqué sur le chiffre exact du cheptel qui en sera pourvu. Cette donnée est importante, car si leur nombre est en dessous de la demande, il y a un fort risque d’inflation et de montée en flèche des prix. Ensuite, qu’en est-il des dangers de falsification? Enfin, pour ce qui est des suites à donner en cas de fraude avérée, le consommateur sera-t-il remboursé ? L’éleveur et les revendeurs seront-ils poursuivis en justice?

La caravane "Gezar-diali"
En plus des éleveurs, des revendeurs et des consommateurs, l’ONSSA a également mis en place des mesures dédiées aux abatteurs et aides-bouchers. Objectif ? Que ceux-ci répondent aux normes hygiéniques de base, en l’occurrence la propreté de l'eau et de l'espace et des outils utilisés dans l'abattage, ou encore de les inciter à ne plus utiliser la bouche dans le soufflage de l'animal. Ainsi, une caravane de sensibilisation a été lancée dans les provinces et préfectures de Rabat, Salé, Témara et Khémisset, en plus d’une plateforme Internet conçue spécialement pour la mise en contact entre les professionnels d'abattage et les citoyens ( www.gezar-diali.ma ).
Dans ce cas également, on est en droit de se poser la question de la limitation de ladite campagne de sensibilisation aux villes citées et donc de sa non généralisation aux quatre coins du Royaume. Parce que dans la configuration présente, on a l’impression que seuls les habitants de Rabat, Salé, Témara et Khémisset sont concernés par l’Aïd El Adha. En plus,  rien ne garantit que les abatteurs respectent les règles d’hygiène qui leur ont été dictées lors de la caravane de sensibilisation. D’autant plus qu’il est quasi-impossible de procéder à des contrôles sur les lieux et à l’heure de l’abattage. Donc en réalité, il y a de fortes chances que la sensibilisation soit inopérante comme l’eau versée dans du sable. Qui plus est lorsque l’on est conscient de l’ancrage de certaines habitudes dans les us et coutumes marocaines, à l’instar de l’utilisation de la bouche dans le soufflage.
En somme et à la lumière de l’ensemble de ses éléments, il paraît évident que les efforts déployés par l’ONSSA ne pourront être efficients que grâce à une implication totale et entière du consommateur. Toutefois, ce dernier a besoin d’être informé. A cet effet, une multiplication des messages de sensibilisation serait plus que bienvenue.  


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