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Gaspard Njock: Ce n’est pas un problème d’immigration, c’est plutôt un psychodrame que les Européens doivent eux-mêmes résoudre

11/12/2019 Entretien réalisé à Paris par Youssef Lahlali

Gaspard Njock, auteur du livre “Voyage sans retour”, docu-fiction poignant sur le drame des migrants, nous parle dans cet entretien de sa vision de l’immigration.

Libé: Vous avez choisi l’image et le dessin comme moyen de combattre les discriminations en Europe ?

Gaspard Njock :
Oui, parce que l’image a été utilisée pour construire celle de la colonisation, moi aussi je l’utilise pour déconstruire ce qui a été fait dans ce domaine. J’étais récemment au Maroc. J’ai été invité par l’Institut français d’Oujda et j’ai visité également Marrakech, Casablanca et Kénitra. J’ai réussi à entrer en contact avec la population de ce pays, francophone ou arabophone, via le dessin.

Votre dernier livre “Un Voyage sans retour” est une bande dessinée ?

C’est un livre de bande dessinée qui parle de la migration. Ce sujet, on en parle à la télévision, dans les médias mais en général, ce sont des chiffres, on évoque l’’origine. Moi j’ai choisi de parler de ces humains, de ce qu’ils vivent comme êtres humains.

Aujourd’hui en France et en Europe quand on parle de l’immigration en général, cela a une connotation négative

Oui, c’est un mot qui porte une connotation négative en Europe. Moi, je suis un immigré, un migrant d’origine camerounaise, j’ai grandi en Italie et je vis maintenant à Paris. Comment faire alors ? On va diviser les êtres humains ? J’aime le Cameroun, j’aime le Maroc autant que la France et l’Italie. On a maintenant une identité multiple. C’est un problème de vouloir toujours caser les personnes dans la même identité.

Vous avez visité récemment le Maroc. Que pensez-vous de sa politique d’accueil ?

Le Maroc est un pays où j’ai fait ma tournée artistique. Je n’ai pas vécu là-bas, mais c’est un pays qui m’a montré qu’on peut bien agir en Afrique. En général, on a une image négative de l’Afrique, mais ce que j’ai vu au Maroc est différent. Il y a une volonté de construire des choses bien faites. J’ai vu aussi à Oujda des migrants qui essaient de traverser les frontières. C’est un pays qui a aussi des problèmes, mais j’ai vu une volonté de changement. Le Maroc m’a surpris, c’est sûr que je vais y retourner. C’est un nouvel Eldorado de mon point de vue.

Que pensez-vous du climat de haine qui se propage en Europe avec des partis politiques qui diffusent la peur envers les étrangers ?

Le problème du racisme en Europe est lié à l’immigration. Les gens disent il y a trop de migrants qui arrivent et il y a trop d’Africains. C’est un faux problème, c’est un psychodrame que les Occidentaux vivent eux-mêmes. En Occident, quand il y a des difficultés, on va taper sur les plus faibles. On a le pouvoir, on tape sur les plus faibles. La politique et les politiques n’arrivent plus à résoudre leurs problèmes avec une population appauvrie matériellement et culturellement. Heureusement que des associations tentent d’y remédier, mais les Etats et les politiques n’y arrivent plus. C’est pour cela que je dis que c’est un faux problème, ce n’est pas un problème d’immigration, c’est plutôt un psychodrame que les Européens doivent eux-mêmes résoudre. 


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