Libération
Ethiopie : Le parti au pouvoir toujours aux commandes

29/12/2010 MAP

L'année 2010 a été marquée par l'organisation des quatrièmes élections générales en Ethiopie qui ont débouché sur une victoire écrasante du parti au pouvoir qui a raflé la quasi-totalité des sièges parlementaires (544 sièges, soit 99,6 %).
Près de 32 millions d'Ethiopiens s'étaient rendus aux urnes en ce jour du 23 mai pour élire les 547 membres de la Chambre des représentants et des Conseils régionaux. Les élections ont été marquées par une participation massive des partis politiques de tous bords et un nombre record de candidats qui a dépassé les 7.000.
Ce scrutin, supervisé par des observateurs de l'Union européenne et de l'Union africaine et suivi par une palette de journalistes étrangers, a eu lieu cinq ans après les précédentes législatives contestées qui avait tourné au bain de sang, dans ce pays le plus peuplé d'Afrique sub-saharienne après le Nigeria.
Les élections de 2005, remportées par l'EPRDF, ont été entachées de « nombreuses fraudes » selon l'opposition. Les violences postélectorales avaient fait près de 200 morts.
Ces consultations avaient plongé le pays dans la crise et emporté une partie de l'opposition dont les dirigeants avaient été arrêtés et jugés avant d'être graciés en juillet 2007.
Les résultats annoncés par la commission nationale électorale (NEBE) n'ont pas été acceptés par l'opposition éthiopienne qui a exigé la tenue d'un nouveau scrutin, un appel immédiatement jugé sans fondement par le Premier ministre, Meles Zenawi.
« Ce ne sont pas des élections authentiques, ni démocratiques et équitables mais une comédie orchestrée par l'EPRDF (parti au pouvoir) », a estimé le leader du parti Medrek, Beyene Petros.
« Nous demandons l'organisation de nouvelles élections supervisées par des observateurs locaux et internationaux indépendants », a-t-il soutenu, soulignant que le parti au pouvoir veut contrôler le paysage politique en Ethiopie.
«La lutte pour la démocratie continue », a insisté M. Beyene.
Un autre parti de l'opposition, l'Unité pan-éthiopien (AEUP) a annoncé qu'il rejetait également les résultats des législatives et demandait l'organisation d'un nouveau scrutin.
« L'AEUP a décidé de ne pas accepter le résultat des élections, du fait que le processus électoral, comme le jour de l'élection elle-même, n'ont pas été libres et équitables », a déclaré le président de ce parti, Hailu Shawl.
Cet appel pour de nouvelles élections a été aussitôt rejeté par le Premier ministre éthiopien, Meles Zenawi, qui a qualifié d'« injustifiée et de contraire à la constitution », l'organisation d'un nouveau scrutin. «La demande formulée par l'opposition pour l'organisation de nouvelles élections est injustifiée et contraire à notre constitution », a-t-il souligné.
 « S'il peuvent prouver que 50 % ou 100 % des sièges ont été gagnés de façon illicite, alors ils ont leur chance devant un tribunal. Mais ils appellent à de nouvelles élections sur la base d'allégations infondées », a-t-il estimé.
L'opposition a reçu le soutien indirect des Etats-Unis, qui ont critiqué la régularité du scrutin. Washington a estimé que « les élections ne présentaient pas les normes internationales » requises, par la voix du secrétaire d'Etat adjoint aux affaires africaines, Johnnie Carson.
Les observateurs de l'Union européenne ont été encore plus explicites. « Le processus électoral n'a pas été à la hauteur d'un certain nombre de normes internationales, en particulier en matière de transparence et en raison de l'absence de conditions équitables pour toutes les parties », selon leur rapport intérimaire.
La Mission d'observation de l'Union européenne (EU-EOM) a apprécié le fait que la journée des élections s'est déroulée dans la paix et le calme avec un vote massif des Ethiopiens, mais a déploré le fait que ces élections « n'ont pas respecté certaines normes internationales, notamment l'absence d'égalité entre les partis politiques et le manque de transparence dans le processus électoral ».
« Les élections n'ont pas respecté certaines normes internationales, notamment l'absence d'égalité entre les partis politiques et le manque de transparence dans le processus électoral », a regretté la Mission de l'UE, faisant état d'un « climat d'appréhension et d'insécurité » qui a débouché sur un nombre assez élevé de plaintes.
Elle a également relevé que le parti au pouvoir, le Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF) a utilisé les ressources de l'Etat pour mener sa campagne électorale et contribué à instaurer des règles du jeu inégales en faveur du parti au pouvoir dans de nombreux domaines.
Nonobstant, ces élections ont été vues d'un autre œil par l'Union africaine (UA) qui les a qualifiées de « justes et libres».
« Les élections du 23 mai en Ethiopie ont été justes et libres », a estimé le chef de la mission d'observation de l'UA, l'ancien président botswanais, Ketumile Masire.
Selon lui, « les conditions existaient pour que les électeurs puissent exprimer leur volonté librement », ajoutant que le scrutin s'est déroulé en conformité avec « les dispositions légales et constitutionnelles du code de conduite électoral et des directives de l'UA, ainsi que des normes et standards pour le déroulement d'élections démocratiques ».
Confronté à une vie difficile consécutive à la hausse des prix des denrées alimentaires et à la cherté de la vie, le peuple éthiopien aspire à ce que ces échéances puissent être un nouveau jalon dans la consécration de la démocratie et le respect des droits de l'Homme et contribuer à sortir le pays de la crise économique et sociale qu'il endure.