Libération
Des ouvriers agricoles marocains exploités en France

04/07/2018 Libé

L’affaire de harcèlement des saisonnières marocaines continue de faire des vagues en Espagne

Après l’affaire du harcèlement sexuel et des viols ou tentatives de viol commis à l’encontre de saisonnières marocaines à Huelva (Andalousie) où 16.000 jeunes mères avaient été embauchées cette année pour la cueillette des fraises dans des conditions de grande vulnérabilité, un autre scandale de même acabit vient d’éclater dans le Sud-Est de la France.
Le syndicat CGT a, en effet, dénoncé lundi l'emploi à grande échelle de travailleurs détachés dans les exploitations agricoles du Sud-est de la France, dans des conditions «d'esclavage moderne».
Venus généralement du Maroc, et d'Amérique latine, d'Equateur notamment, ces travailleurs sont employés dans les champs par des agences d'intérim espagnoles, en fraudant massivement les lois sur le travail détaché qui imposent de respecter le droit du travail français, a dénoncé le syndicat, selon l’AFP.
«Nous parlons de personnes humaines en captivité, qui travaillent dans des conditions dignes de l'esclavage», a déclaré son représentant Stephan Dainotti lors d'une conférence de presse à Marseille.
Beaucoup travaillent 11 heures par jour, parfois tous les jours, dans des conditions difficiles et sont renvoyés immédiatement en cas d'accident ou de maladie.
A Châteaurenard, dans le département des Bouches-du-Rhône, la CGT a notamment rapporté la situation de travailleurs logés à 6 ou 8 dans un mobile home moyennant 230 euros de loyer chacun.
Ces travailleurs sont transportés d'exploitation en exploitation en minibus et privés de liens avec les autres salariés «pour qu'ils n'aient pas conscience qu'ils sont surexploités», a-t-il ajouté.
Certaines exploitations se sont séparées de tous leurs ouvriers agricoles et ne travaillent plus qu'avec un cadre qui commande des travailleurs détachés, selon la CGT.
De grandes exploitations maraîchères dans les Bouches-du-Rhône et le Vaucluse et horticoles dans le Var sont notamment concernées.
L'inspection du travail française affirme faire de la lutte contre ces fraudes une priorité mais n'a pas les moyens nécessaires, assure la CGT, pour laquelle la réponse judiciaire est également insatisfaisante.
Par son inaction, le gouvernement français «encourage» cette forme de «dumping social», dénonce le syndicat.


Commentaires (0)
Nouveau commentaire :