Libération

Courir dans un frigo ou comment se préparer à un raid dans le grand froid

12/02/2020

Quelque part, dans un entrepôt. Des palettes entières de poissons panés, des tonnes de cookies congelés et puis soudain, des femmes courant par moins 20 degrés lors d'une ultime séance d'entraînement avant un défi plutôt givré: un raid au nord du cercle polaire arctique.
Voilà un an et demi que Maria Gérard s'est inscrite et qu'elle se prépare activement au Laponie Trophy, un raid féminin en binôme qui se déroule sur 3 étapes (14 km de course dans une neige épaisse avec 2 km de traversée d'un lac en raquette, un périple en fatbike et un parcours à obstacles et ski de fond).
Des épreuves sportives qui se jouent dans le grand froid, un environnement inconnu pour cette Parisienne qui court au bois de Vincennes. "Mais au bois de Vincennes, on n'a pas moins 10 !"
Alors, elle est venue s'entraîner dans des entrepôts frigorifiques situés à Marne-la-Vallée en région parisienne.
"Le grand froid, c'était une appréhension. On ne sait pas ce que c'est du moins 20, comment on va réagir. Ça reste un fantasme tant qu'on ne l'a pas vécu", explique Maria Gérard, rassurée par les séances dans les frigo. "Finalement c'est surmontable".
Equipées comme si elles étaient déjà dans le cercle polaire, ces femmes sont venues s'adapter aux efforts physiques importants dans un froid glacial, entre footing et autres exercices.
"Notre système va être saturé, les filles vont respirer de l'air froid, c'est là où l'entraînement dans un caisson frigorifique peut apporter quelque chose. Il faut que l'organisme puisse réchauffer cet air froid qu'elles respirent", prévient le docteur Sarah Lorge, médecin urgentiste qui médicalise des événements sportifs.
"Il va y avoir des modifications car le corps va s'adapter au grand froid, il va privilégier les zones les plus importantes comme le coeur, le cerveau, les muscles principaux. Et donc les mains, les pieds, les extrémités vont être moins vascularisés et forcément il y aura des conséquences si on ne se prépare pas", poursuit-elle.
Les risques sont essentiellement les gerçures qui peuvent dégénérer en engelures.
Pour la coach sportive de l'événement, Amandine Clerc, il est important "de mesurer sa condition physique et de casser cette appréhension des températures négatives" avant de se lancer dans un tel challenge.
"On a conseillé des séances de cryothérapie, en maillot de bain dans une sorte de grand frigo avec une température qui descend à moins 120 degrés. Ça dure 3 minutes maximum, la température du corps descend à 4 degrés. Et là on s'aperçoit qu'on peut tenir", rapporte-t-elle.
Outre la cryothérapie, la coach a proposé durant plusieurs mois, aux aurores quand il fait bien froid, des exercices de musculation ou d'endurance (courir une demi-heure à 10-12 km/h).
"Ça va préparer au niveau de la respiration, le froid qui va rentrer au niveau des poumons. Tout est une question d'habitude, si vous courez tous les matins à zéro degré, après ce n'est qu'un détail."
Pour ce dernier galop d'essai en chambre froide à l'est de Paris, les concurrentes auront tenu une demi-heure pour terminer confortées.
"C'est un vrai sujet le froid. Je pense que je suis bien équipée. C'est le plus important. J'ai l'impression que c'est plus facile finalement dans l'effort de combattre le froid plutôt que le chaud", confie Florence Renversé, enfin prête pour une aventure extrême dans le grand froid.


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