Libération
“Bayt Dakira” rafraîchit la mémoire du droit hébraïque marocain

06/12/2018 Abdelali Khallad

A l’initiative du Centre Abraham Zagouri d'études et de recherches sur le droit hébraïque au Maroc, Bayt Dakira à Essaouira vient d’abriter le troisième  Forum scientifique sur l’apport du droit hébraïque sous le thème ''Doctrine, jurisprudence et évolution du droit hébraïque au Maroc'' vendredi 30 novembre 2018.
André Azoulay, conseiller du Roi et président fondateur de l’Association Essaouira-Mogador, a tenu à inscrire la démarche du Centre Abraham Zagouri dans l’engagement, la continuité et la rationalité en vue d’étudier la place du droit hébraïque dans le droit national du Maroc. Une réflexion académique et rigoureuse qui, d’après Azoulay, revisite la mémoire du judaïsme marocain sous un angle juridique qui met en relief son caractère inclusif enraciné dans la mémoire collective des Marocains.
''En choisissant Abraham Zagouri et Maxime Azoulay, deux éminents magistrats marocains aujourd'hui disparus, pour incarner la profondeur et la place effective du droit hébraïque dans notre droit national, les promoteurs de cette initiative rendent justice à l'exceptionnelle contribution de ces deux grands juristes au patrimoine institutionnel de la justice marocaine notamment, dans l'immédiate période post-protectorat», s’est félicité André Azoulay.
Ce troisième Forum a effectivement réservé  un grand hommage aux juristes Haïm Zafran, Maxime Azoulay et Abraham Zagouri en reconnaissance  de leurs études et recherches riches qui ont  fortement contribué au développement du droit hébraïque marocain.
Pour Abdellah Ouzitane, président fondateur du Centre d'études et de recherches sur le droit hébraïque au Maroc, l’assemblée d'experts et de juristes n’a rien d’événementiel. Elle inscrit ses actions dans la continuité d'autant plus qu'elle répond à cet exercice quotidien, celui de la paix, de la tolérance, et de l'acceptation de l'autre dans sa culture et ses traditions car, c'est dans la différence que s’exprime la richesse. D’après Ouziten, ce forum et bien d'autres initiatives, souvent lancées depuis   Essaouira, viennent conforter la démarche de cette cité, celle prônant la paix, la tolérance, et le partage.
Etant une composante essentielle de l’identité marocaine comme cela a été explicité dans le préambule de la Constitution de 2011, l’affluent hébraïque a été mis en valeur par cette rencontre scientifique qui a rafraîhi la mémoire coutumière et institutionnelle du droit hébraïque au Maroc en tant que réalité quotidienne, et partie intégrante de la jurisprudence nationale.
''Trajectoires et singularités du judaïsme marocain", "Réflexion sur le droit hébraïque marocain", "Aperçu sur les fondements du droit hébraïque", "Les sources du droit hébraïque", et "La jurisprudence du droit hébraïque durant le Protectorat" telles sont les thématiques  abordées par cette rencontre scientifique marquée par  la projection du film-documentaire "Les Guerrières de la paix", de ses coréalisatrices Hanna Assouline et Jessica Bertaux.
''Dans ce monde qui se cherche, le Centre d'études et de recherches sur le droit hébraïque au Maroc, grâce aux efforts de tous, vient consolider notre démarche, celle basée sur toutes ces valeurs universelles d'humanité que nous défendons et veillons à diffuser au quotidien'', s'est félicité Miloud Loukili, professeur à l'Université Mohammed V de Rabat
Farid El Bacha, directeur-exécutif du Centre d'études et de recherches sur le droit hébraïque au Maroc, a mis en relief les valeurs phares que symbolise Essaouira dans un monde sous haute tension. Et d’insister sur l'importance d’une prise de conscience de la partie juive de l'identité nationale dont la valorisation repose actuellement sur des initiatives de la société civile, tel  ce forum scientifique initié par ledit Centre.
Avec la mise en place, aux côtés des juridictions islamiques,  de tribunaux rabbiniques dédiés aux Marocains de confession juive, le Maroc s’était distingué par une identité plurielle et tolérante réconciliée avec toutes ses composantes.
D’après Farid El Bacha, l'année 1918 marquée par la publication au Bulletin officiel, du Dahir du 22 mai 1918 portant réorganisation des tribunaux rabbiniques et du notariat juif, avait constitué un moment singulier dans l'évolution du système juridique marocain. Une réorganisation jugée vitale en vue d'assurer de manière plus régulière le fonctionnement de ces juridictions.
 ''Ces tribunaux furent institués à Casablanca, Fès, Marrakech et Essaouira et à la même année était institué à Rabat le Haut tribunal rabbinique qui connaissait des appels des jugements rendus par les tribunaux rabbiniques,'' avait tenu à préciser El Bacha.


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