A l'hôpital Posadas, les Covid sont partis, pas la crainte

21/10/2021

A Posadas, plus grand hôpital public d'Argentine, le dernier patient Covid en réanimation a quitté le service il y a trois semaines et aucun n'y est entré depuis. Eprouvés par la lutte, par les pertes en leurs rangs, les soignants soufflent sans pouvoir chasser "le spectre" d'une nouvelle vague.

"Ç'a été une joie immense", se souvient Constanza Arias à propos de ce 22 septembre qui a vu le dernier malade Covid sortir du service de soins intensifs qu'elle dirige.

Au plus fort de la pandémie, quelque 300 malades par jour étaient pris en charge pour assistance respiratoire. Ces dernières semaines, le grand hôpital (530 lits) de la banlieue de Buenos Aires ne comptait plus qu'une trentaine de patients Covid.

La baisse de tension est palpable à l'échelle du pays de 45 millions d'habitants, qui a enregistré plus de 5,2 millions de cas depuis mars 2020 et plus de 115.000 morts. Selon le ministère de la Santé, 920 patients se trouvaient encore dernièrement en réanimation, contre un pic de 7.839 en mai.

Diego Rivero, 52 ans, était l'un d'eux, hospitalisé onze jours en avril sous oxygène et corticoïdes. Ses deux filles de 16 et 20 ans, malades du Covid-19 elles aussi, étaient dans le même temps confinées dans leur maison.

De son lit d'hôpital, vivant mal "de ne rien pouvoir faire pour elles", il leur fit part de ses voeux testamentaires. "J'étais serein, je savais que je faisais ce qu'il fallait, mais cela leur a fait l'effet d'une bombe, elles l'ont pris comme un adieu", raconte-t-il.

Constanza Arias se souvient des journées d'enfer à Posadas, ces matinées où elle voyait arriver cinq ou six patients en état critique, pris en charge par des soignants pas encore vaccinés "avec la peur, l'angoisse de la contagion pour soi-même, pour sa famille".

En 2020, la moitié du personnel de l'hôpital (plus de 5.000 employés) a contracté le Covid-19, selon la direction. Beaucoup y ont succombé.

"Chaque collègue qui décédait engendrait chez nous une grande peine. On l'a tous mal vécu," médite le Dr Alberto Maceira, un spécialiste des soins intensifs qui a pris la direction de l'hôpital Posadas en janvier 2020, quelques semaines avant le déclenchement de la pandémie.

"Un collègue qui tombe malade et meurt, c'est le pire qui puisse arriver. Pour nombre d'entre nous, il sera très difficile de nous l'enlever de la tête", avoue-t-il.

"Mais en 2021 pas un (soignant) n'a été contaminé", se réjouit Constanza Arias. La vaccination a fait son effet. A l'échelle du pays, après un démarrage lent en raison notamment de retards de livraison du Spoutnik V russe, près de 54% de la population avait mi-octobre un schéma vaccinal complet, et 68% reçu une dose.

Ces jours-ci, arrivent en régions plus de 2 millions de doses spécifiquement pour la vaccination des enfants de 3 à 11 ans.

Au Posadas, les soignants respirent enfin avec le "retour à une dynamique de soins intensifs habituelle, d'avant la pandémie". Mais ils ne parviennent pas tout à fait à chasser le souvenir des éprouvants 18 derniers mois et regardent l'avenir avec crainte.

"Il y a la peur de ce que l'on voit dans l'hémisphère nord, le spectre de voir apparaître le variant Delta, une nouvelle vague, la crainte est là", assure Constanza Arias. "Mais ce n'est pas encore arrivé, pas pour l'instant. Nous n'avons pas de patients Covid" en réanimation à Posadas, relativise-t-elle.

Le rescapé Diego Rivero a lui aussi du mal à chasser sa peur du lendemain.

"Je suis convaincu qu'il y aura un Covid-23, un Covid-25. Je crois que nous sommes à la fin de celle-ci, mais la prochaine (vague) n'est pas loin, au coin de la rue", prédit-il.



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